Famille recomposée : tisser des relations harmonieuses entre beaux-parents et beaux-enfants

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Crédit illustration : freepik.com

 

Dans son livre Le guide de la super famille recomposée, Claire Hellèle propose des pistes pour un quotidien (plus ou moins) harmonieux dans les familles recomposées. Elle estime qu’il est possible de tisser une relation beau-parent/ beaux enfants respectueuse (à défaut d’une relation empreinte d’affection).

Claire Hellèle rappelle un principe directeur : traiter tous les membre de la famille avec respect. Personne ne peut forcer l’amour : les beaux-enfants ne sont pas obligés d’apprécier leurs beaux-parents comme les beaux-parents ne sont pas obligés d’aimer leurs beaux-enfants. La question du respect est centrale dans presque les problèmes rencontrés dans les familles recomposées. Le respect n’est jamais à sens unique : les adultes doivent autant le respect aux enfants que les enfants le doivent aux adultes et y compris envers soi-même (respecter ses propres .

À vrai dire, la seule chose qui compte au départ, c’est le respect mutuel. L’affection, l’amour viendront (ou pas) par la suite. – Claire Hellèle

Le temps d’échange en famille pour renforcer les liens et trouver des solutions

Quand un beau-parent ne se sent pas assez respecté ou que les enfants ne se sentent pas assez respectés au point de devenir agressifs ou distants, un temps d’échange en famille peut permettre de parler des émotions et besoins de chacun et de trouver des solutions acceptables pour chacun.

Le temps d’échange en famille est un outil de la discipline positive tel qu’élaboré par Jane Nelsen pour :

  • chercher des solutions ensemble face aux problèmes du quotidien,
  • planifier du temps en famille,
  • anticiper les difficultés à venir.

Jane Nelsen cite quatre objectifs principaux :

1. S’apprécier, se remercier, se faire des compliments (entre frères et soeurs, entre parents, entre parents et enfants).

2. S’aider les uns les autres.

3. Résoudre les problèmes de la vie quotidienne et trouver des solutions en famille qui conviennent à tout le monde, enfants et parents.

4. Se faire plaisir ensemble et planifier des activités ou sorties en famille (par exemple, le père passe 1  samedi après midi sur 2 avec sa fille quand la mère le passe avec le fils puis inversement le samedi suivant : le père passe l’après-midi avec son fils et la mère avec la fille).

Dans cette optique, un temps d’échange en famille commence toujours par un tour de compliments : chaque participant adresse à chacun des autres participants un compliment ou un remerciement sur une situation, un acte, un mot de la semaine écoulée.

L’ordre du jour est abordé selon les doléances et souhaits exprimés par chaque membre de la famille au cours de la semaine écoulée. C’est l’occasion pour le beau-parent de s’exprimer avec vulnérabilité et dans un langage authentique (sans accuser le/la conjoint.e ni les enfants mais en exprimant des besoins et, surtout, des limites personnelles).

L’anticipation des difficultés à venir est aussi un point essentiel d’un TEF : anticiper les difficultés possibles et imaginer les moyens de les éviter favorisent la coopération et les joies partagées. Cela peut concerner par exemple les prochaines vacances (qu’est-ce qui peut gâcher le plaisir des enfants ? qu’est-ce qui peut gâcher le plaisir des parents ?).

Pour aller plus loin : Le temps d’échange en famille dans la discipline positive : chercher des solutions ensemble face aux problèmes du quotidien

Le rôle du “vrai” parent

Le parent des enfants a un rôle à jouer dans la dynamique de la famille recomposée. Les beaux-enfants peuvent se montrer agressifs ou irrespectueux envers leur beau-parent parce qu’ils souffrent de la séparation de leurs parents (et ont peur que la/le conjoint.e leur vole leur père ou leur mère). Ce n’est pas tant contre la personne en soi qu’ils en ont mais contre sa place dans la famille et contre cet état de fait qu’ils subissent. Il est utile en tant que beau-parent d’avoir le recul nécessaire pour ne pas en rajouter dans le conflit et cela demande le soutien du conjoint/ de la conjointe. Ce soutien peut passer par de l’écoute active et empathique auprès des enfants afin de leur offrir un cadre chaleureux et sécurisé pour déposer leurs émotions. C’est une fois que les enfants se sentent réellement compris, entendus, non jugés et aimés tels qu’ils sont qu’ils deviennent réceptifs aux demandes. Ce principe est le pilier fondateur de la communication bienveillante : se connecter émotionnellement avant de rediriger. Cela nécessite de savoir raisonner en termes d’émotions, de besoins, d’attachement, d’empathie, mais aussi, en tant qu’adulte, d’avoir suffisamment de ressources internes pour comprendre les motivations réelles des comportements sans chercher à punir ou critiquer.

Parfois, une aide extérieure peut être nécessaire car recomposer une famille demande aux adultes concernés d’être suffisamment solides et matures pour gérer des situations conflictuelles.

Veiller à la qualité de la communication dans le couple

Être à la tête d’une famille recomposée peut être éprouvant pour le couple (relation avec les enfants et beaux-enfants, avec les ex conjoints, avec la belle famille qui peut accepter plus ou moins bien le remariage…).

Prendre soin de son couple, c’est aussi du soutien à la parentalité. Construire une relation durable n’a rien à voir avec la perfection mais avec l’intention mise dans la préservation de la relation. L’intention ne signifie pas que cela sera facile (le fameux “quand on veut, on peut” est loin d’être vrai car de nombreux paramètres entrent en jeu telles que la mémoire traumatique et notre style d’attachement qui gouvernent de manière inconsciente certaines de nos actions, la volonté de l’autre, la pression financière, la charge d’un parent dans le besoin/ handicapé…). En revanche, il est possible de s’engager, par petits pas, par palier, à adopter des nouvelles habitudes de communication plus saines pour une relation conjugale solide et durable. Une relation de couple de ce type représente un réel soutien à la parentalité qui amène son lot de défis tous les jours.

Lire aussi :

Passer du temps ensemble pour s’apprivoiser et mieux se connaitre

Claire Hellèle avertit sur les dangers pour les beaux-parents qui veulent se faire accepter par leurs beaux-enfants d’en faire des tonnes ou de se montrer « tout sucre tout miel ». Les enfants perçoivent immédiatement les décalages entre sentiments réels et communication non verbale.

Pour Claire Hellèle, donner de l’affection, ce n’est pas feindre des sentiments qu’on n’éprouve pas, mais c’est plutôt passer à l’action. Cela peut être par exemple de leur lire une histoire le soir, de s’intéresser aux petits soucis de la journée, de traiter les beaux-enfants avec intérêt et sollicitude (sans non plus surjouer un rôle de confident ou de super parent qui prend tout en charge… au risque de s’épuiser).

L’humour peut également rapprocher adultes et enfants. Il ne s’agit pas ici de se moquer ou de faire de l’humour lourd mais de rire ensemble et de rire de soi-même en tant qu’adultes. Nous pouvons donc nous entraîner à être moins sensible aux remarques de autres et à nous moquer de nous-même, de nos petits travers, de nos petites manies. De plus, la parentalité ludique peut nous aider à construire des ponts plutôt que des murs en famille.

Les compliments descriptifs pour amorcer des changements dans la relation adulte/ enfant

Claire Hellèle propose de d’amorcer une relation qui va pouvoir grandir sur une base positive en se concentrant sur une chose positive de l’enfant. L’objectif est d’arriver à voir l’enfant par le prisme de ce qui est appréciable chez lui plutôt que d’être obnubilé( e) par tout ce qui est exaspérant.

Cela me fait penser à l’approche de Noël Janis-Norton sur les compliment descriptifs.

Le Compliment Descriptif consiste à remarquer et à mentionner très précisément ce que vos enfants ont bien fait, ou ce qu’ils n’ont pas mal fait. Pour complimenter ainsi de façon descriptive, les parents doivent momentanément arrêter tout ce qu’ils étaient en train de faire, et être véritablement attentifs à ce que l’enfant fait ou ne fait pas. Le simple fait de ralentir et de faire attention, en lui-même, nous offre une “respiration” précieuse, un petit moment que nous pouvons consacrer à communiquer notre amour et notre approbation à notre enfant. – Noël Janis-Norton

La formulation des compliments descriptifs passe par le fait de :

  • remarquer ce que l’enfant fait bien, ou au moins suffisamment bien (même un enfant très irritant fait chaque jour beaucoup de choses appropriées),
  • dire à l’enfant exactement ce qu’on constate,
  • éliminer toute forme de compliment évaluatif.

Noël Janis-Norton conseille de cibler les habitudes inappropriées des enfants en remarquant et en mentionnant chaque moment, même très court, où il ne cède pas à ces habitudes. Formuler des compliments descriptifs consiste à remarquer les petits efforts autant que que les réussites importantes, même si le résultat n’est pas encore satisfaisant… quitte à avoir une loupe au début !

Pour aller plus loin : Les compliments descriptifs : un outil utile pour élever les enfants avec bienveillance (même quand c’est difficile)

Prendre soin de la relation du “vrai” parent avec ses enfants

Claire Hellèle conseille aux beaux-parents d’encourager leur conjoint.e à passer du temps en tête à tête avec ses enfants.

Si vous êtes le beau-parent, acceptez sans inquiétude ces moments entre votre chéri( e) et ses petits ! D’abord parce que votre tour viendra et ensuite parce que vous permettez à votre conjoint de ne pas se sentir « déchiré » entre vous et ses enfants. Et, au passage, les enfants ne vous prennent plus pour celui ou celle qui leur pique leur papa ou leur maman. – Claire Hellèle

Accepter le temps long

Enfin, une relation harmonieuse entre beau-parent et beaux-enfants se construit dans un temps (très) long. Ce temps long se compte plutôt en années qu’en mois ou semaines (même si cela est variable d’une famille à l’autre). On pourrait presque parler de coapprentissage où les adultes (parents comme beaux parents) et enfants vont apprendre à vivre ensemble, à mieux se comprendre, à s’apprécier même peut-être. Mais cela demande de la patience, de la maturité et de la persévérance.

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Source : Famille complice : Le guide de la super famille recomposée de Cmaire Hellèle Lynda Corazza (éditions Mango). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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