Familles recomposées : les difficultés à être belle-mère sont réelles

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Dans son livre Comment ne pas devenir une marâtre : Guide féministe de la famille recomposée, Fiona Schmidt rappelle que la plupart des belles-mères sont bienveillantes et pleines de bonne volonté. Le problème, c’est qu’elles ne savent pas quoi en faire, faute de deviner ce que leur conjoint et les enfants attendent d’elles, ni d’avoir des modèles réalistes à disposition.

La recomposition familiale induit souvent une charge émotionnelle et domestique lourde pour les belles-mères, que ces dernières soient elles-mêmes mères ou non. Les belles-mères s’impliquent quasiment autant que les mères mais elles prennent nettement moins part aux décisions du quotidien (dans quelle école inscrire les enfants, quelles activités extrascolaires…). De nombreuses belles-mères ont ainsi l’impression de faire office de “gouvernantes non rémunérées et non reconnues”.

De plus, il arrive que certains pères, culpabilisés par la séparation et la souffrance des enfants (réelle ou supposée, voire exagérée dans l’imagination du père), attend de sa conjointe qu’elle apporte amour et sérénité au sein du foyer, dans un souci de réparation. Ces attentes, plus ou moins conscientes, induisent pour la belle-mère une charge émotionnelle décuplée.

Fiona Schmidt parle également d’une charge sociale, qui s’ajoute à la charge domestique et émotionnelle. Les attentes sociales rendent le rôle de belle-mère encore plus lourd à porter car les injonctions sont fortes et contradictoires.

Si la belle-mère s’investit a minima, on lui reprochera d’être égoïste et indifférente, mais si elle s’investit davantage, elle court le risque qu’on lui reproche d’en faire “trop” et d’outrepasser son rôle. Il s’agit donc pour elle d’être ni trop, ni trop peu, de faire ce que font les mères, mais sans se prendre pour elles, ni espérer les reconnaissances qu’on leur témoigne, et d’en être satisfaite pour ne pas opprimer les membres de la famille recomposée. – Fiona Schmidt

Fiona Schmidt rappelle que, comme le rôle d’une belle-mère n’est pas clairement défini, il reste à composer en fonction des enfants (leur âge, leur personnalité, leurs besoins et préférences), du conjoint, de la mère des enfants et, bien sûr, de la belle-mère. C’est finalement une (relative) bonne nouvelle, à condition d’avoir une estime personnelle suffisamment forte pour faire preuve de souplesse sans se sentir menacée et pour faire face à la pression sociale avec un chemin unique.

9 choses à éviter en tant que belle-mère

Fiona Schmidt liste quelques choses à éviter en tant que belle-mère pour des relations apaisées. L’objectif est de progresser vers la sérénité familiale et le respect mutuel, plutôt que vouloir forcer des relations empreintes d’amour entre beaux-enfants et belles-mères.

  • Ne pas banaliser les effets de la rupture des parents sur les enfants

En raison de la banalisation des séparations et divorces, nous pouvons être tentés de minimiser l’effet de ces séparations sur la vie des enfants (par exemple, avec des phrases du type “ça ne changera rien pour toi” ou en voulant mettre en avant les avantages que l’enfant en retirera comme les cadeaux plus nombreux). Il est maladroit de présenter la nouvelle vie en famille recomposée comme une “belle aventure”.

Pour aller plus loin : Parler aux enfants de la séparation des parents ou du divorce

  • Ne pas brûler les étapes

Il est naturel de vouloir rencontrer les enfants du nouveau compagnon, surfant sur l’euphorie de la rencontre et l’envie de tourner la page pour commencer une nouvelle vie. Pourtant, Fiona Schmidt invite les couples à savourer les moments d’intimité sans enfants et, une fois la rencontre faite, de conserver des moments en tête-à-tête pour nourrir le couple, qui est le socle de la famille recomposée.

  • Ne pas forcer l’harmonie

Pour Fiona Schmidt, l’harmonie n’est pas la conséquence automatique de l’amour, ni de la volonté ou de la persévérance, ni même une obligation. L’entente cordiale est déjà un objectif valable et pas si facile à obtenir, dans une optique de respect mutuel et de souplesse.

Si chacun doit se respecter et respecter le territoire et l’intimité des autres, personne n’est obligé de s’aimer. Les sentiments et relations mettent plus de temps à s’installer pour certains que pour d’autres et il arrive parfois qu’ils ne s’installent pas du tout : c’est aux adultes de l’accepter et de se résigner, pas aux enfants de se forcer. – Fiona Schmidt

  • Ne pas tout donner tout de suite

Mieux vaut faire simple : il est inutile (et inefficace) de surpasser les attentes des enfants en se forçant ou se reniant.

Donner beaucoup tout de suite à des enfants qui ne vous ont pas choisie et qui ne vous attendent pas, c’est risquer d’être très déçue, et de les gêner au passage. Donnez, mais ne déversez pas. Se montrer hyperenjouée avec un enfant timide risque d’être contreproductif. – Fiona Schmidt

  • Ne pas vouloir à tout prix plaire aux beaux-enfants

Il est risqué pour la santé mentale de faire dépendre le bonheur et la valeur personnelle de l’approbation et de l’amour de personnes qui n’ont pas choisi d’entre dans cette relation. Fiona Schmidt conseille de voir l’affection des beaux-enfants comme une “cerise sur le gâteau” qui rend ce fameux gâteau plus savoureux mais, sans cette cerise, le gâteau reste bon.

Les ingrédients essentiels de ce gâteau, c’est votre relation de couple, et le respect bilatéral que les enfants et vous vous témoignez. Le reste, c’est du bonus. – Fiona Schmidt

  • Ne pas chercher à réconcilier les parents en jouant les intermédiaires 

Fiona Schmidt rappelle l’existence de la médiation familiale en cas de relations hautement problématiques entre le père et la mère des enfants. Pour contacter un médiateur familial, il faut s’adresser à la Caisse d’allocations familiales ou au tribunal dont dépend le domicile.

  • Ne pas critiquer la mère des enfants 

Il est possible de juger certains comportements de la mère des beaux-enfants mais pas à portée des oreilles des enfants. Mieux vaut proposer une écoute empathique à un enfant qui se plaint d’une action de sa mère (comme l’oubli de son anniversaire par exemple) plutôt que renchérir avec des phrases du type “Elle ne t’aime pas vraiment” ou “Elle est égoïste”.

Lire aussi : L’écoute empathique pour écouter vraiment les enfants (et dénouer crises et colère)

  • Ne pas critiquer les beaux-enfants 

Une belle-mère n’est pas un paillasson et il n’est pas question de laisser les beaux-enfants manquer de respect, ni à leur belle-mère ni à leur père. Toutefois, les adultes portent la responsabilité de la qualité de la relation et les enfants respectent les limites parce qu’ils respectent la personne qui les exprime. Mieux vaut donc avoir une conversation avec le conjoint quand la belle-mère se sent mise de côté, non soutenue ou entendue, plutôt que critiquer les enfants.

Des pistes pour amorcer des conversations difficiles : [Conflit et désaccord] Dire quelque chose de difficile tout en préservant la relation (couple, famille, travail)

De plus, il est possible de faire le point entre ce qui est agaçant et ce qui est problématique chez les beaux-enfants. Certains aspects de la personnalité des beaux-enfants peuvent être agaçants (comme le fait de traîner des pieds ou de mâcher du chewing-gum bruyamment) mais n’ont pas d’impact majeur sur le quotidien familial ou la vie de couple.

  • Ne pas poser un ultimatum au conjoint 

L’affection des enfants ne doit pas être un enjeu de pouvoir entre belles-mères et beaux-enfants. Les jeux de pouvoir sont épuisants et menacent la vie de couple. En tant que belle-mère, mieux vaut prendre du recul et se désengager de la responsabilité du bonheur et des bonnes notes des enfants, prendre du temps pour soi et prendre soin du couple, avec des temps d’intimité qui sont l’oxygène de la relation.

Plusieurs études américaines ont démontré que la qualité des relations entre une belle-mère et ses beaux-enfants dépend pour beaucoup de la qualité des relations entre la belle-mère et son conjoint. Bref, c’est de la solidité de votre couple que dépend votre vie de famille, et pas l’inverse. – Fiona Schmidt

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Source : Comment ne pas devenir une marâtre : Guide féministe de la famille recomposée de Fiona Schmidt (éditions Hachette). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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