“Je ne vaux rien” : quand on souffre d’un sentiment d’imperfection

quand on souffre d'un sentiment d'imperfection

Jeffrey Young est un psychologue américain connu pour avoir développé la schémathérapie. Dans son livre Je réinvente ma vie, il explique en quoi consiste un schéma d’«imperfection» et quelle influence ce schéma peut exercer sur la vie. Le sentiment d’imperfection provient de l’impression de ne pas s’être senti digne d’amour et de respect dans l’enfance. L’un des parents, ou les deux, se montraient très critiques et/ou faisaient preuve de rejet. La honte était omniprésente pendant l’enfance et cette honte concernait la personnalité même.

Vous pensiez que vous ne méritiez pas mieux. Vous vous faisiez des tas de reproches. Tout ce qui arrivait était de votre faute, parce que vous étiez nul, inadéquat, méchant, et que vous étiez farci de défauts. Pour cette raison, au lieu de vous révolter du traitement que vous receviez, vous vous sentiez honteux et malheureux. – Jeffrey Young

A l’âge adulte, ce sentiment d’imperfection est un sentiment envahissant mais n’est pas fondé sur un défaut réel. L’enfant, devenu adulte, a intégré la voix critique du parent si bien que cette petite voix critique devient une partie de lui-même.

L’adulte qui a un sentiment d’imperfection a l’impression que tout peut s’écrouler d’un moment à l’autre car son narcissisme est fragile. Il  craint de se montrer tel qu’il est vraiment car cela équivaut à révéler aux autres le “bon à rien” qu’il est persuadé d’être. La personne croit que seul son faux moi est digne d’amour. Elle est caractérisée par le manque d’authenticité et la moindre défaillance la rend nerveuse, anxieuse.

Nous traversons une sorte de deuil. Quelque chose meurt en nous. La spontanéité, la joie, la confiance, l’intimité cèdent la place à une coquille hermétiquement fermée. Nous nous construisons un faux moi, plus dur, moins vulnérable. Mais peu importe la dureté extérieure, au fond de nous, nous faisons douloureusement le deuil de nous-mêmes. – Jeffrey Young

 

Les origines d’un sentiment d’imperfection

Jeffrey Young estime que les parents qui favorisent chez un enfant l’éclosion du schéma «imperfection» sont ceux qui le jugent défavorablement et le punissent. Un autre facteur peut être la comparaison défavorable à une sœur ou un frère avantagé (notamment plus âgé car il peut avoir de meilleures performances, du fait de son âge).

Le facteur le plus important n’est donc pas l’existence d’un défaut, mais bien la mésestime de vous-même que vous ont inculquée vos parents et les autres membres de la famille. Si les membres de votre famille vous avaient aimé, apprécié et respecté, vous n’auriez pas le sentiment d’être bon à rien ou nul et vous n’auriez pas honte. – Jeffrey Young

Jeffrey Young liste les principaux facteurs à l’origine de la formation d’un schéma d’«imperfection» :

  • Un membre de votre famille vous critiquait, vous méprisait ou vous punissait à l’excès. On jugeait ou punissait toujours sévèrement votre apparence, votre comportement ou vos propos.
  • Un de vos parents vous a donné l’impression que vous le déceviez de manière récurrente.
  • Un de vos parents ou les deux vous ont rejeté ou mal aimé.
  • Un membre de votre famille a abusé de vous sexuellement, physiquement ou émotionnellement.
  • On vous a rendu responsable de tous les malheurs qui s’abattaient sur votre famille.
  • Vos parents vous répétaient toujours que vous étiez mauvais, nul, bon à rien.
  • On vous comparait défavorablement à vos frères et sœurs et on les préférait à vous.
  • L’un de vos parents a quitté le foyer familial et vous vous en êtes tenu responsable.

 

Travailler et (tenter de) dépasser un sentiment d’imperfection

Jeffrey Young formule quelques suggestions pour modifier un schéma d’imperfection :

  • Prenez conscience des sentiments d’imperfection et de honte qui ont marqué votre enfance. Ressentez l’enfant blessé en vous, en quête d’approbation et de respect.
  • Énumérez les comportements qui indiquent que vous composez avec votre sentiment d’imperfection par la fuite ou la contre-attaque (c’est-à-dire, en évitant ou en compensant). Exemples : être sur la défensive systématique face à la critique; sur-importance accordée au rang social et le prestige; besoin d’être toujours rassuré; abus d’alcool ou de drogues; fuite des situations d’intimité; négation des défauts personnels; dissimulation des pensées et émotions véritables…
  • Efforcez-vous de mettre fin à vos comportements de fuite ou de contre-attaque.
  • Soyez à l’écoute de vos sentiments d’imperfection et de honte. Énumérez toutes les manifestations de votre schéma: quand vous n’êtes pas sûr de vous, que vous vous trouvez inadéquat, que vous craignez d’être rejeté; quand vous vous comparez aux autres ou que vous êtes jaloux; quand le moindre manque d’égards vous bouleverse, que la moindre critique vous met sur la défensive; quand vous permettez qu’on vous maltraite, car vous ne croyez pas mériter mieux…
  • Énumérez les personnes qui vous ont attiré le plus et celles qui vous ont attiré le moins.
  • Énumérez vos défauts et vos qualités d’enfant et d’adolescent. Énumérez vos défauts et vos qualités d’adulte. Quand une qualité vous vient à l’esprit, ne la niez pas: notez-la plutôt. Si les personnes que vous consultez vous parlent de côtés positifs auxquels vous croyez difficilement, inscrivez-les quand même. Notez tout, sans passer de jugement.
  • Évaluez la gravité de vos défauts actuels.
  • Mettez au point une stratégie pour corriger les vrais défauts qui peuvent être corrigés. Les lacunes sont liées à des circonstances précises et peuvent être comblées, elles ne sont ni inhérentes ni immuables.
  • Écrivez une lettre à celui de vos parents qui vous a dénigré. Dites-leur ce que vous auriez souhaité pouvoir vivre. Dites-leur aussi ce que vous attendez d’elles maintenant. Ne les excusez pas.

Nous sommes conscients du fait que vous pourriez être fortement porté à défendre vos parents même s’ils vous ont fait du tort. Vous acceptez difficilement de leur reconnaître des failles. Vous dites des choses telles que: «Ils ont fait ce qu’ils ont pu», ou «Eux aussi avaient des problèmes», ou encore «Ils agissaient ainsi pour mon bien». Efforcez-vous de ne pas justifier leurs actes dans cette lettre et contentez-vous de dire franchement ce qui s’est passé et l’effet que leur comportement a eu sur vous. – Jeffrey Young

  • Rédigez une fiche aide-mémoire.

La fiche est l’arme qui fera taire la voix de votre schéma. Elle vous signale les deux côtés de la médaille. D’une part, le parent critique et peu affectueux que vous avez intégré, qui vous dénigre, vous ignore, vous humilie et qui vous fait sentir indigne et honteux. D’autre part, l’enfant vulnérable en vous et son besoin d’être aimé, accepté, approuvé et apprécié à sa juste valeur. La fiche vous aide à chasser le parent critique pour que votre partie saine puisse combler les besoins de l’enfant vulnérable en vous. En fin de compte, guérir, c’est s’aimer. – Jeffrey Young

  • Efforcez-vous d’être plus authentique dans vos relations d’intimité (ex : dévoiler certains secrets, exprimer les émotions vulnérables…)
  • Acceptez l’amour que vous portent vos êtres chers.
  • Ne permettez plus qu’on vous maltraite.
  • Si, des deux membres de votre couple, vous êtes le plus critique, cessez de déprécier votre partenaire. Agissez de même dans vos autres relations affectives.

Jeffrey Young rappelle que ce travail sur le sentiment d’imperfection exige du temps et s’étale sur plusieurs années d’efforts. L’objectif est de prendre peu à peu conscience du fait que ce sentiment d’imperfection a été inculqué, qu’il n’était pas inhérent.

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Source : Je réinvente ma vie de Jeffrey Young (Les Editions de l’Homme). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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