Les grands principes de l’éducation bienveillante

l'éducation bienveillante

Je vous propose un résume de la vidéo Eduquer sans violence dans laquelle Valérie Orvain du site Grand’Dire Ensemble expose les grands principes de l’éducation bienveillante.

Les conséquences de l’éducation traditionnelle (et les raisons de s’engager sur le chemin d’une éducation bienveillante)

L’éducation bienveillante est une approche de la relation adulte/enfant sans violences psychologiques (gifles, fessées, petites ou grosses tapes), ni psychologiques (comme la privation, le chantage ou les menaces). En effet, l’éducation traditionnelle, qui repose sur la coercition (fessée, punition, mise au coin, ultimatum), a plusieurs conséquences néfastes sur les enfants et les futurs adultes qu’ils deviendront. En voici quelques unes :

  • Les enfants grandissent soit dans la soumission, soit dans la rébellion : ils n’arrivent plus à être en contact avec leur soi intérieur.

Les coups, les punitions, les humiliations, les critiques génèrent du stress chez l’enfant, de manière élevée et répétée. Quand le niveau de stress d’un humain est soutenu dans le temps, les conséquences sont de plusieurs ordres :

  • fragilisation de la mémoire,
  • destruction de neurones dans le cortex pré frontal (siège de la pensée),
  • perte de confiance (en soi et dans les autres),
  • troubles de l’humeur,
  • affaiblissement du système immunitaire,

Une relation adulte-enfant étroite et soutenante agit comme un puissant régulateur de stress.

Pour aller plus loin : Le stress bloque les apprentissages (et le cerveau des enfants et adolescents est particulièrement sensible au stress)

  • Les enfants se mettent à ne plus s’aimer eux-mêmes.

Les enfants éprouvent un amour inconditionnel pour leurs parents. Quand les premiers sont punis, humiliés ou frappés par les deuxièmes, ils intègrent l’idée qu’ils méritent d’être traités comme tels car ils sont foncièrement mauvais, nuls, indignes d’amour ou de confiance.

  • Les enfants perdent estime de soi et confiance en soi.

– L’estime de soi est la croyance en sa propre valeur : c’et l’image que j’ai de moi-même en tant qu’être humain. 

Un enfant fort et en bonne santé est d’abord et avant tout un enfant qui a une estime de soi saine et toute la confiance en soi que ses compétences et talents lui permettent de récolter. Avoir une estime de soi saine, c’est s’accepter, de manière sobre et nuancée, tel qu’on est. Avoir de soi une image réaliste sur laquelle on ne portera pas de jugement.

Avoir une estime de soi saine, c’est avoir le système immunitaire psychosocial le plus efficace que nous connaissons, et qui empêchera la toxicomanie, les troubles alimentaires, la scarification, le suicide et les comportements suicidaires, la criminalité, la violence et toutes les autres choses auxquelles nous espérons que nos enfants ne seront pas sujets. – Jesper Juul (Voulons-nous vraiment des enfants forts et en bonne santé ?)

Cela permet aussi à un enfant ou à un jeune de dire OUI et NON :

  • oui à lui-même, à ses limites, à ses valeurs personnelles, à ses pensées et ses émotions,
  • non à certains de ceux qui exigent l’obéissance et la soumission.

Un enfant dont on favorise le développement de l’estime de soi ne se soumettra ni à des règles ni à des sociétés qui porteraient atteinte à sa dignité humaine. En ce sens, Jesper Juul rejoint Alice Miller qui explique que la violence éducative est un terreau fertile pour des sociétés totalitaires.

– La confiance en soi est la croyance en ses capacités. Enfants, la confiance en soi nous est d’abord donnée par les parents.

Catherine Gueguen écrit dans le livre Pour une enfance heureuse que l’enfant ressent un profond sentiment de sécurité intérieure, de confiance, de paix et développe une juste estime de soi-même quand il reçoit de l’amour. Cette confiance en lui et en la vie l’ouvre aux autres et l’encourage à vivre. Le point de départ pour grandir, pour s’épanouir plonge ses racines dans la confiance reçue de la part de ceux qu’on aime, à commencer par les parents.

Un enfant en état d’insécurité intérieure du fait de mots blessants, humiliants comme « Qu’est-ce que tu vas encore inventer comme bêtise aujourd’hui ? », « Qu’est-ce que je vais faire de toi ? », « Qu’est-ce que tu es maladroit(e), tu fais toujours tout tomber ! », doute de lui, devient méfiant et n’ose plus entreprendre. Il peut difficilement être autonome car l’attente d’affection de la part de ses parent le maintient en état de dépendance.

  • Les enfants punis ou humiliés ressentent un fort désir de vengeance ou d’agression : le cercle vicieux de la violence est enclenché.

Jane Nelsen propose le modèle des 4R de la punition pour comprendre les effets néfastes de la punition à long terme (sans toutefois remettre en cause le fait que les punitions puissent être efficaces à court terme… mais le prix à en payer est très lourd à long terme) :

1. La Rancœur

Les enfants punis peuvent estimer que d’une part la punition n’est pas juste et d’autre part ils ne peuvent pas faire confiance aux parents.

2. La Revanche

Les enfants punis auront envie de gagner à la prochaine confrontation pour rééquilibre le jeu de pouvoir.

3. La Rébellion

La plupart des enfants punis refusent la soumission. Ils ont alors à cœur de prouver aux adultes que ces derniers ne peuvent pas les obliger à faire ce qu’ils veulent.

4. Le Retrait

Le retrait peut s’exprimer sous deux formes :

– l’élaboration de stratégies du « pas vu, pas pris »
– la baisse de l’estime de soi : « Je ne vaux rien, je suis méchant, je suis nul, je mérite de souffrir voire de mourir ».

  • Les enfants souffrent d’un déficit en intelligence émotionnelle et relationnelle.

Quand le vécu émotionnel de l’enfant n’est pas accueilli (sa peur, sa honte, sa tristesse, son dégoût, sa colère), sa réalité est niée. L’enfant se déconnecte de ses impressions et ne peut plus faire confiance à son ressenti.  Pourtant, les émotions sont vitales car elles servent d’alerte pour nous adapter aux situations et pour nous signaler un danger.

7 compétences utiles pour s’engager dans le chemin de l’éducation bienveillante

  • 1. Accueillir et nommer les émotions

Valérie Orvain explique qu’accueillir les émotions, c’est permettre à l’enfant de décharger les tensions accumulées au cours de sa journée. Pour cela, il s’agit d’équiper les enfants de vocabulaire pour parler de soi et des autres. Voici un tableau pour vous y aider :

lexique des émotions

Quand on nomme les émotions des enfants, ça n’empire pas ses émotions : une fois que l’enfant a eu l’espace de dire, il peut passer à autre chose. L’émotion nommée peut être évacuée alors qu’une émotion non nommée va se cristalliser et s’accumuler avec toutes les autres émotions non dites jusqu’à explosion ou somatisation. Par exemple, on peut dire “On peut être gêné/ se sentir humilié quand tout le monde rigole sur notre dos” puis laisser l’enfant dérouler son vécu et l’inviter à continuer à dire ce qui s’est passé pour lui, comment il s’est senti.

Il est aussi important de comprendre que la bienveillance, c’est prendre soin de l’enfant ET prendre soin de soi-même. En tant qu’adulte et parent, nous devons pouvoir dire ce qui se passe pour nous et quand ce n’est pas OK : mon autorité est définie par mes limites (pas par ce qu’un tel ou un tel m’a conseillé ou ce que la société fait passer comme message ou encore ce qui est écrit dans tel livre).

 

  • 2. Parler des besoins en famille 

On peut donner des outils à l’enfant pour qu’il apprenne à exprimer leurs besoins :

  • le vocabulaire des besoins

Il existe des besoins fondamentaux, communs à tous les humains :

– Autonomie (choisir nos rêves, nos buts, nos valeurs et les stratégies pour les atteindre)
– Célébration (célébrer la vie et la réalisation de ses rêves, célébrer les pertes et le deuil)
– Intégrité (créativité, authenticité, sens, estime de soi)
– Interdépendance (amour, acceptation, appréciation, considération, appartenance à une communauté, confiance, compréhension, soutien , honnêteté)
– Nourriture sur le plan physique (air, aliments, exercices physiques, protection, repos, eau, abri, toucher…)
– Jeu (amusement, rire, expression artistique)
– Communion d’esprit (beauté, harmonie, inspiration, ordre, paix)

Les besoins sont les moteurs de nos actions et colorent nos ressentis émotionnels car les besoins expriment ce qui est précieux, important à nos yeux.

Dans l’affiche ci-dessous, vous pouvez lister plusieurs stratégies créatives pour prendre soin de chaque besoin universel commun à tous les êtres humains. Ces stratégies sont des points de départ et peuvent être soumises aux autres comme des propositions à partir desquelles élaborer des idées qui conviennent à toutes les personnes impliquées.

affiche mieux communiquer besoins

  • la valeur de l’exemplarité : les enfants font ce qu’on fait, pas ce qu’on dit

Le enfants ne nous écoutent pas toujours… mais ils nous regardent toujours ! Nous pouvons démontrer ce que nous attendons d’eux en incarnant ces attentes au quotidien.

 

  • 3. Penser en termes de connexion et de contact 

Faire un câlin est la clé pour faire baisser les tensions au cours d’une grosse colère ou d’un conflit. L’ocytocine (hormone du bonheur) est déclenchée au bout de 7 secondes d’un câlin, d’un contact et a un effet immédiat sur le niveau de stress.

La connexion et le contact ne sont pas réservés à la relation parents/ enfants, mais les relations que les parents entretiennent avec d’autres adultes importent également beaucoup (dans le couple et avec les amis). Il est donc important de sortir les parents de leur isolement. En effet, TOUS les parents sont confrontés à des moments difficiles même si nous avons parfois l’impression que notre enfant est le seul à faire des crises pour ne pas dormir, pour continuer à jouer à la console, à refuser de manger ou de s’habiller.

Il est alors important de trouver un espace où dire et partager nos difficultés avec d’autres parents : un espace dans lequel ces difficultés sont accueillies sans jugement ou critique quand on n’y arrive pas.

 

  • 4. Apprendre à décoder les messages cachés des enfants

Les parents sont la source d’amour inconditionnel auprès de laquelle les enfants vont se décharger et se ressourcer après que le stress de la journée a vidé leur réservoir.

Quand un enfant râle en revenant de l’école, on peut penser que ce n’est pas le biscuit cassé qui provoque son irritation mais les difficultés de la journée qu’il a besoin d’évacuer. On peut l’encourager à parler et accompagner notre écoute par un câlin :

Qu’est-ce qui se passe pour toi ? Je vois que tu cries fort et que tu as l’air énervé. Il y a eu des choses difficiles aujourd’hui à l’école ? Il y a des gens qui ont crié ?

Isabelle Filliozat parle de notion de distorsion comme expliqué dans mon article sur les émotions cachées : Quand une émotion en cache une autre : comment les décoder ?

 

  • 5. Avoir une boîte à outils fournie pour faire preuve de souplesse

Parfois, l’accueil des émotions ne suffit pas (“je vois que tu es frustré, j’ai dit non pour les bonbons et c’est difficile pour toi“). C’est le cas lors de crises au supermarché par exemple quand le regard des autres est un stress supplémentaire. Voici quelques alternatives :

  • impliquer l’enfant : solliciter l’enfant pour qu’il aide aux courses, lui indiquer comment faire ensemble pour qu’il sente que sa contribution personnelle est désirée;
  • donner des consignes en phrase affirmative (plutôt que dire ce qui est défendu) : dire ce qui est attendu permet à l’enfant d’évoquer ce qu’il va faire;
  • penser aux envies de l’enfant : proposer aux plus grands de s’installer pour lire quelques livres au rayon librairie, accorder aux plus petits le droit de porter une peluche ou un jouet le temps des courses puis le reposer avant de passer à la caisse;
  • rediriger et réguler les mouvements d’un enfant agressif ou agité (plutôt que le contenir ou l’obliger à s’immobiliser), comme le propose le jeu-écoute
  • réfléchir aux causes des crises fréquentes et intenses de l’enfant :
    • Y-a-t-il eu des changements importants dans la vie de l’enfant (divorce, déménagement, naissance d’un frère ou soeur, entrée à l’école ou à la crèche, décès…) ?
    • A-t-on attendu trop longtemps avant d’intervenir sur les circonstances, conduisant à une crise explosive (par méconnaissances de la psychologie de l’enfant, de ses stades de développement, par inattention aux signes précurseurs..) ?
    • Les besoins physiologiques de l’enfant sont-ils satisfaits (quantité de sommeil suffisante, possibilité d’aller aux toilettes librement, possibilité de se décharger et de bouger suffisamment…) ?

    méthode crac

 

  • 6. Prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres

Il est vital pour les parents de remplir leur propre réservoir pour pourvoir s’occuper efficacement et dans le calme des enfants. Isabelle Filliozat prend l’exemple du masque à oxygène dans les avions : les parents sont invités à mettre leur masque avant d’aider les enfants à mettre les leurs.

Prendre soin de soi donne à l’enfant une permission et un exemple pour prendre soin de lui. – Valérie Orvain

Quelques pistes pour prendre du temps pour soi et s’organiser en se préservant dans cet article : Comment j’ai surmonté mon burn out maternel.

Par ailleurs, on peut apprendre à s’occuper de soi et de ses enfants dans le calme. Une des techniques les plus efficaces est de prendre du recul face à une situation de crise :

  • marquer un temps d’arrêt,
  • respirer et sentir l’air entrer puis sortir de nos narines, sentir notre ventre se gonfler puis se dégonfler,
  • ressentir nos émotions et leur manifestation corporelle (“la colère monte en moi, je sens une boule dans ma gorge”),
  • communiquer sur nos émotions et nos besoins (“je ne me sens pas bien, j’ai besoin de m’isoler”).

 

  • 7. Reconnaître ses erreurs pour réparer la relation

Les enfants tirent des enseignements de la part de parents qui savent réfléchir à ce qu’ils ont dit, qui se donnent le droit à l’erreur, qui savent demander pardon.

Quand on s’aperçoit qu’on s’y est mal pris, on peut réparer la relation en s’excusant : “Tout à l’heure, j’ai dit ça mais ce n’est pas comme ça que je voulais te le dire. En fait, ce que je voulais dire, c’est…

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Les ouvrages de référence :

Voici quelques liens par thématiques pour vous accompagner dans votre cheminement vers une éducation bienveillante :

– comment remplacer la punition : 8 réactions non punitives face aux comportements inappropriés des enfants

– comment accueillir les émotions : 7 étapes pour apprendre à reconnaître les émotions

– comment susciter la coopération : 4 étapes pour gagner la coopération des enfants

– comment se débarrasser des étiquettes : Comment remplacer les étiquettes et les jugements ?

– comment faire sans fessée : 12 propositions pour éduquer sans fessée

– comment supprimer le chantage : Pourquoi et comment supprimer le chantage dans l’éducation des enfants ?

– comment réagir face aux mensonges sans culpabiliser les enfants : 6 réactions bienveillantes face aux mensonges des enfants

– comment poser des limites aux enfants en les respectant : 10 phrases et mots clés à retenir en communication non violente pour poser des limites à l’enfant + Poser des limites en respectant l’intégrité de l’enfant