Comprendre la misopédie : la domination la plus répandue est celle des adultes sur les enfants.

La domination adulte est un système social dans lequel la partie la plus âgée de la société domine la plus jeune. Dans ce système, les adultes sont considérés comme supérieurs aux enfants, ce qui donne aux premiers le droit d’opprimer les derniers. Cette oppression est appelée adultisme et l’adultisme est motivé par la misopédie.

misopédie définition

La domination adulte

Des violences sur les enfants omniprésentes et invisibilisées.

La domination adulte s’exerce sous différentes formes de violence commise sur les enfants, de la naissance à l’adolescence : 

  • physique,
  • psychologique,
  • sexuelle,
  • économique,
  • juridique,
  • culturelle,
  • symbolique.

Cécile Kovacshazy parle de “comportement totalitaire” dans le sens où la totalité de la vie des jeunes personnes est contrôlée (heure du lever et du coucher, quantité de nourriture correcte à manger, émotions autorisées et manière de les exprimer…) 

Un continuum de violence sur les enfants 

Être infantilisé, c’est être considéré comme une personne pas encore achevée, incapable, incompétente, irrationnelle, en bas de la hiérarchie sociale, indigne de respect. Les enfants sont par essence “moins” : moins interessants, moins intelligents, moins tempérés, moins calmes, moins sensés… En conséquence, les enfants ne sont pas pris au sérieux et leurs droits sont bafoués tous les jours, plusieurs fois par jour (alors même que la France est signataire de la Convention internationale des droits de l’enfant depuis 1990). Les jeunes personnes sont silenciées car les adultes ne les écoutent pas, ne prennent pas leurs idées au sérieux et n’accordent pas de crédit à leur parole. Toue se passe comme si le corps des enfants ne leur appartenaient pas à eux-mêmes (exemples : table à langer à la vue de tout le monde dans les toilettes publiques, WC sans cloison ni portes dans les écoles maternelles, sentiment de satiété non respecté, enfants dépossédés de leur sensation de chaud ou de froid). 

L’oppression des adultes sur les enfants est exercée par tous les membres de la société, pas seulement les parents : les enseignants, les psychothérapeutes, les juges, les policiers, le clergé, les entraîneurs sportifs, les médecins et personnels paramédicaux… 

La misopédie

L’étymologie du mot misopédie vient du grec : misos pour la haine (comme dans misogyne) et païs pour les enfants (comme dans pédiatre).

Des sentiments ambivalents, complexes et inconscients dans la misopédie

La misopédie désigne “le mépris, la déconsidération, la condescendance, voire la haine à l’égard des enfants”. Cécile Kovacshazy compare la misopédie à une “silenciation radicale”. Par exemple, ils ne peuvent pas saisir la justice sans l’accord d’un parent. L’enfant est vue comme la propriété privée de ses parents et les adultes ne tiennent compte ni des souffrances des enfants, ni de leurs avis. Les besoins, les émotions et les droits des enfants sont ignorés dans les familles et dans la manière dont est organisée la société (écoles sous financées, urbanisme qui laisse peu de place aux jeux et à la circulation piétonne des enfants, accessibilité des enfants handicapés restreinte en raison de bâtiments non aménagés ou de personnes non formées, violences policières envers les jeunes descendants de l’immigration…)

Les enfants doivent obéir à leurs parents “ou sinon, tu vas voir”; elles et ils doivent se taire et obéir à l’école durant près de quinze années; se taire devant les urnes durant dix-huit années”. – Cécile Kovacshazy

Pour Cécile Kovacshazy, la misopédie est faite de sentiments ambivalents, complexes et pas toujours conscients : mépris, dégoût, colère, peur, envie, désir de vengeance, délire de toute-puissance. Ce serait donc plutôt les adultes qui manquent de limites. 

Un adulte, c’est une personne qui a obtenu le droit de se venger sur les nouveaux enfants de toutes les humiliations, de toutes les violences qu’il ou elle a subies enfant et contre lesquelles il ou elle ne pouvait alors absolument rien.

Les adultes ont peur de la liberté des enfants : de leur liberté de pensée, de leur insolence, de leur énergie, de leur joie. Selon Cécile Kovacshazy, les adultes ont peur que les enfants démantèlent la société des adultes. Ces derniers réagissent par la violence à la peur afin d’éduquer les enfants, c’est-à-dire le (re)dresser, l’adapter pour éteindre leur potentialité révolutionnaire.

L’enfantisme : pour l’équidignité

L’enfantisme est le mouvement de résistance à l’oppression adultiste qui s’appuie sur une idée qui parait révolutionnaire : tous les humains ont le droit d’être traités avec la même dignité et les droits humains sont aussi ceux des jeunes humains.

Les adultes, aussi lucides soient-ils, sont du côté des dominant.es, c’est eux qui détiennent le pouvoir. Qui a le pouvoir a la responsabilité de ne pas en abuser. –  Cécile Kovacshazy

Respecter les droits des enfants et se mettre à hauteur d’enfants ne signifie pas pour autant abandonner nos responsabilités d’adultes en lien avec des petits humains dépendants par nature. Nous sommes en effet issus d’une espèce altriciale dans le sens où les petits de l’espèce ont besoin d’adultes en continu pour survivre. L’enfantisme est motivé par l’équidignité en droits et en actes.
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Dix questions sur la misopédie : Oppression des enfants et domination adulte de Cécile Kovacshazy (éditions Libertalia) est disponible en médiathèque, en librairie ou sur les sites de ecommerce.

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