Non, refus, limites : des peurs, des croyances, des pensées secondaires peuvent parasiter nos décisions éducatives

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crédit illustration : freepik.com

 

Dans son livre La vie en famille, Jesper Juul rappelle que nous avons derrière nous une longue tradition culturelle en matière de relation adultes/ enfants :  celle d’avoir traité les désaccords entre adultes et enfants en faisant usage de notre domination, pour faire taire les envies des enfants et pour faire systématiquement prévaloir nos opinions d’adultes.

Pour Juul, il existe une manière saine et non violente d’aborder les conflits entre adultes et enfants : “disons oui quand nous le pensons, disons non quand nous le pensons, là aussi, et lorsque nous ne savons pas, demandons un temps de réflexion”.

Jesper Juul estime que cette manière de vivre les relations n’est pas si simple dans les faits car, en tant que parents, nous pouvons nous laisser distraire par des peurs, des croyances et des pensées parasites.

Des exemples de pensées secondaires qui peuvent parasiter nos décisions éducatives :

Je dois éviter les conflits parce que ça veut dire que je suis une mauvaise mère/ un mauvais père. Il vaut mieux que je dise oui même si je sens que je devrais dire non.

Les conflits sont simplement la manifestation de la vie et les désaccords sont normaux en famille. Tout faire pour éviter les conflits ne les rendra que plus envahissants car les désaccords qui en sont à l’origine ne sont jamais traités en profondeur en exposant les besoins, valeurs et émotions des uns et des autres. Le parent se sentira non respecté, comme un paillasson, et peut y laisser une partie de son estime de soi, de sa santé mentale.

Je ne vois les enfants qu’un weekend sur deux et ils ont déjà bien assez souffert du divorce. Je leur dois bien d’accéder à toutes leurs demandes et je veux que notre relation soit sans heurt pour profiter au maximum d’eux.

Juul rappelle qu’il est impossible de compenser la souffrance d’un enfant due au divorce de ses parents. Le risque à vouloir éviter les conflits est que les enfants manquent de la présence authentique et personnelle de leur père ou de leur mère et qu’ils ne reçoivent que des compensations à la place d’un lien sincère empreint de respect mutuel (Jesper Juul parle d’équidignité dans le sens où adultes et enfants ont une dignité semblable autant digne de respect l’une que l’autre).

Je me sens coupable d’être si stressée et de passer si peu de temps avec les enfants. Je ne vais pas gâcher ce peu de temps ensemble avec des confrontations, je peux faire ça pour eux même si ça me coûte.

Presque tous les parents se sentent coupables, à un moment ou un autre, pour une raison ou une autre. Si le sentiment de culpabilité est prégnant, il est un signal à prendre en compte et à examiner : il peut inviter à changer de vie ou à l’assumer telle qu’elle est. Jesper Juul estime que la culpabilité empêche l’équidignité et fait que les enfants se sentent comme un fardeau pour leurs parents.

Je ne veux pas rendre mes enfants malheureux. Je ne supporte pas de les voir frustrés à cause de moi.

La frustration ponctuelle est différente du malheur. Une frustration consécutive à un refus de la part du parent peut être accompagnée avec empathie en reconnaissant la souffrance de l’enfant sur le coup. Les émotions de colère et de tristesse consécutives à la frustration permettent à l’enfant de retrouver son équilibre émotionnel : elles peuvent être désagréables pour le parent mais ne sont pas synonymes de malheur. Un enfant malheureux est celui qui ne reçoit jamais de chaleur, qui ne fait pas l’expérience d’une relation authentique où le parent dit parfois “non” quand il sent qu’il en a besoin pour dire “oui” à sa propre intégrité.

Je ne sais pas toujours comment argumenter un refus donc je me dis que je ne suis pas sûre de moi et que je devrais plutôt dire oui.

En tant que parents, nous avons le droit de prendre des décisions intuitives ou instinctives. Nous pouvons dire aux enfants que, parfois, nous ne “sentons pas” cette situation. Cela représente un bon exemple pour eux car ils apprennent qu’on peut se fier à son intuition, à son instinct, qu’on peut faire confiance à sa boussole interne même quand on ne sait pas trop expliquer pourquoi. Si les enfants sont insistants, nous pouvons leur demander un temps de réflexion et réfléchir à ce qui nous a poussé à refuser lors d’un temps d’introspection.

Je ne peux pas lui refuser ça, tous ses amis ont obtenu la permission.

Cette raison peut donner des points d’appui pour former une décision éclairée (prendre en compte les souhaits et besoins des enfants de cet âge, discuter avec les autres parents) mais ne peut pas se suffire en elle-même. Le point à garder en tête est toujours le même : comment ça fait pour moi ? est-ce que je me respecte en prenant cette décision ? comment concilier mes besoins et ceux de mon enfant ?

 

Il n’existe pas de quotas définissant combien de non seraient bons pour les enfants. Je suggère que vous décidiez du “oui” et du “non” en fonction de ce que vous pensez vraiment. – Jesper Juul

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Source : La vie en famille : renouveler les valeurs fondamentales du vivre-ensemble de Jesper Juul (éditions Fabert). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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