Quand un enfant est délaissé par ses amis : réagir avec empathie et efficacité

Quand un enfant est délaissé par ses amis

Accueillir les émotions des enfants

Quand un enfant traverse un épisode douloureux comme la perte d’une amitié, le premier réflexe des adultes est être d’accueillir son émotion.

Accueillir l’émotion est l’opposé d’une volonté qui vise à épargner aux enfants toute souffrance et à trouver des solutions pour qu’ils sortent de leurs émotions difficiles.

Nous pouvons permettre aux enfants qui font face à des problèmes émotionnels d’exprimer leur chagrin et leurs inquiétudes. A cette effet, nous pouvons engager l a conversation à un moment où nous les sentez disponibles, où nous avons le temps, en leur disant par exemple : « J’imagine que tu dois être triste de te sentir délaissé, peut-être es-tu inquiet.e, veux-tu m’en parler ? ».

La règle pour accueillir les émotions des enfants est de laisser les enfants dire toutes leurs émotions sans chercher à les rassurer ou à leur redonner le sourire.

Voici quelques pistes pour montrer une réelle empathie à un enfant :

  • reprendre au fil de la conversation les phrases que l’enfant prononce afin de lui faire comprendre qu’il est réellement entendu et compris
  • lui proposer de le prendre dans les bras si cela peut l’aider.

Sachez que les émotions sont comme un fleuve tumultueux qui a besoin qu’on lui creuse des canaux d’irrigation pour ne pas faire de ravages : les moments que vous consacrez à votre enfant pour exprimer ses émotions jouent ce rôle. Alors que si vous cherchez à construire des digues pour contenir le fleuve – par exemple en le rassurant pour qu’il cesse de souffrir –, vous risquez de faire monter le niveau de l’eau à un point plus dangereux encore. Vouloir bloquer une émotion revient à l’amplifier. – Marie Quartier ( livre Harcèlement à l’école : lui apprendre à se défendre)

Ne pas définir le problème à sa place

En tant que parent, nous avons tendance à ressentir la souffrance de nos enfants de manière intense, sans distance. Cette empathie peut nous amener à définir à leur place le problème – qui du même coup devient plus le problème des parents que celui de l’enfant…

Marie Quartier estime que nous pouvons éviter cette erreur en posant aux enfants quelques questions clés :

  • Quel est le problème, pour toi ?
  • Qu’est-ce qui te fait le plus souffrir dans cette histoire ?
  • Qu’est-ce que tu attends de moi ?

Les enfants n’attendent souvent pas de nous ce que nous imaginons.

Parfois, nous pouvons nous rendre compte que les enfants ont des attentes illusoires, qu’ils imaginent par exemple que les adultes sont capable de tout arranger – ce dont il faut le désillusionner rapidement, pour mieux l’apaiser et le responsabiliser, en disant par exemple : « Je ne peux pas faire en sorte qu’elle soit de nouveau ta copine, et je comprends que ce soit très dur pour toi. Veux-tu venir dans mes bras ? ».

Ne pas chercher à prévenir les problèmes en posant trop de questions

Quand les parents ont du mal à accepter les émotions douloureuses de leurs enfants, les premiers vont peut-être tenter d’investiguer excessivement leur vie sociale. Cette réaction maladroite paraît justifiée dans le sens où les parents agissent ainsi par crainte que leur enfants ne souffrent en silence.

Cela se traduit par exemple par des questions à la sortie de l’école : « Comment ça s’est passé avec tes camarades ? Avec qui as-tu joué ? Est-il gentil avec toi ? Comment se fait-il qu’il ne t’invite pas à son anniversaire ? ».

Marie Quartier écrit que le danger est que votre enfant finisse par vous raconter tout et plus que nécessaire, et que certains désagréments qu’il gère finalement assez bien vous apparaissent, à vous, comme de véritables problèmes. Or, si vous les percevez comme tels, il finira par être lui-même davantage impacté par ces désagréments.

Ainsi, tout est affaire de perception et de dosage pour réussir à tendre d’une part une perche à l’enfant pour qu’il puisse se confier, mais d’autre part sans chercher à tout prix à alimenter le moulin des confidences.

Ainsi, quand un enfant traverse un épisode douloureux comme la perte d’une amitié, nous pouvons saisir cette occasion pour faire le point sur nos propres peurs et nos propres croyances (du type “il faut avoir des amis/ il faut être populaire”, “mon enfant doit être un meneur”).

Lorsque votre enfant souffre, vous êtes submergé d’émotions souvent plus fortes que les siennes. Certes, il est malheureux, mais très souvent vous l’êtes encore plus que lui. De ce fait, si vous n’apaisez pas vos propres émotions, vous allez jouer le rôle d’une caisse de résonance qui va amplifier les siennes, au lieu de l’apaiser. Donc, lorsque votre enfant se retrouve délaissé par ses amis, laissez vos propres peurs s’exprimer dans un moment de solitude où vous êtes certain de n’être pas dérangé. Ou encore, parlez-en à une personne moins impactée que vous par la situation. Cela devrait vous calmer et vous permettre de relativiser la gravité des événements.- Marie Quartier

L’encourager à faire face à cette épreuve

Il peut être utile de dire à un enfant qui fait face à un problème émotionnel : « Il nous arrive à tous de nous retrouver seuls par moments dans la vie et si tu arrives à traverser cette période difficile où tu as peu ou pas d’amis, tu seras plus fort ensuite. »

Le problème est qu’un enfant incapable de rester seul est sujet à tous les compromis pour avoir des amis, ce qui le rend finalement très fragile (manipulable et manipulateur).

Ne pas focaliser sur un enfant en particulier

Marie Quartier rappelle qu’il est utile de ne pas porter tous nos efforts sur l’enfant dont il est question dans cette situation en particulier.

L’enfant délaissé en croisera d’autres dans sa vie et ses parents ne pourront pas toujours être là pour les ôter de son chemin. Il vaut donc mieux qu’il apprenne à gérer les relations difficiles avec ses pairs dès à présent et lui dire quelque chose comme : « Des enfants comme ça, tu en rencontreras d’autres. Si tu arrives à gérer la situation avec celui-ci, cela te protégera contre les suivants. ».

Par ailleurs, il est utile de ne pas  attaquer les « responsables » de manière agressive (agresser l’enfant à l’origine du problème ou les parents). L’agression n’est qu’une stratégie à court terme et elle est la preuve de l’impuissance. Par ailleurs, l’enfant en souffrance pourra pâtir de cette agressivité déployée et se voir encore plus rejeté ou stigmatisé par les autres. En tant que parents, nous pouvons prendre le temps de réguler la colère avant d’envisager toute action en direction de ceux que nous considérons comme « coupables ». Un recours à des professionnels (médiateurs, thérapeutes, associations de parents…) peuvent aider.

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Source : Harcèlement à l’école : lui apprendre à se défendre de Marie Quartier (éditions Eyrolles). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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Crédit photo : pressfoto