Réflexion sur l’éducation des filles


En tant que maman d’une petite fille et femme féministe, j’ai été particulièrement touchée par le passage sur l’éducation des filles dans le livre “Etre parent en pleine conscience” de Myla et Jon Kabat-Zinn.

J’ai envie d’en partager avec vous les grandes lignes :

Partout, dans les magasins, dans la presse, à la télévision et au cinéma, les filles sont exposées à des images de la femme qui peuvent profondément affecter leur vision d’elles-mêmes. De manière plus ou moins subtile, ces images suggèrent que leur plus grande force est d’être des consommatrices et des objets sexualisés. Ces messages sont terriblement limitatifs et dommageables pour les filles, surtout à l’approche de l’adolescence.

Ces images sont utilisées pour vendre toutes sortes de produits. Non seulement l’accent est mis constamment sur l’achat et la consommation, mais des industries entières se consacrent à convaincre les femmes et les jeunes filles qu’elles doivent rendre leur corps plus beau et plus “parfait”. Pourtant, la plupart des images montrent des corps que les femmes n’ont jamais naturellement, ou seulement pendant très peu de temps.

Ainsi, on accorde une importance suprême à l’apparence. On met l’accent sur le look à cultiver, la surface à sculpter. Par conséquent, beaucoup de jeunes filles dépensent un temps et une énergie insensés à se soucier de leur allure. Cela peut se produire aux dépens de leur force physique, de leur créativité ou de leur moi profond.

Face à ce séduisant barrage médiatique, les parents doivent lutter constamment pour fournir une vision authentique, constructive et équilibrée de ce que signifie être une femme.

 

Myla et Jon Kabat-Zinn proposent plusieurs pistes :

  • prendre conscience de l’influence omniprésente de cette industrie : les images ne reflètent pas la réalité, les femmes et les adolescentes n’ont pas à se conformer à un modèle imposé comme la “norme” ou “l’idéal”.
  • limiter l’exposition aux médias de masse quand les filles sont petites et parler avec elles de ce que nous voyons au fur et à mesure qu’elles grandissent pour montrer l’envers du décor (notamment les retouches Photoshop, les industries qui gagnent des millions, les cas d’anorexie des mannequins et des jeunes filles) et proposer des contre modèles (une femme peut aussi être PDG d’une grande entreprise, athlète de haut niveau, directrice d’une ONG, femme politique, militante pour une cause écologique ou pacifiste, une femme peut aimer une autre femme, une femme peut être aventurière, exploratrice, scientifique, astronaute, artiste, auteure…). Finalement, il s’agit juste de montrer qu’une fille peut être tout ce qu’elle veut, au même titre qu’un garçon :-).
  • aider à comprendre les mécanismes du marketing et de la publicité : le marketing, c’est utiliser en toute connaissance de cause des messages implicites pour alimenter le désir d’acheter dans l’esprit des lecteurs, spectateurs ou consommateurs.
  • encourager les filles à élargir la vision qu’elles peuvent avoir d’elles mêmes, à explorer leurs talents sans vision limitative. Cela peut passer par des activités artistiques, intellectuelles, sportives, bénévoles, politiques…
  • équilibrer les restrictions pour ne pas créer un cocon hors de la société et de la culture dans laquelle nous vivons et pour ne pas non plus créer de l’attirance, de l’attrait pour ce qui est interdit.
  • travailler sur nos peurs, nos propres limites, et notre sentiment d’impuissance face à ces forces culturelles. Myla et Jon Kabat-Zinn nous propose plusieurs questions à nous poser pour examiner nos peurs et nos attentes potentiellement limitatives :
    • qu’attendons-nous de nos filles ?
    • prenons-nous en considération leur tempérament, sommes-nous ouverts aux changements qui peuvent les affecter ?
    • les aidons-nous à trouver le moyen d’exprimer leurs capacités, leur créativité et leurs forces ?
    • est-ce que nous sommes capables de laisser nos filles être elles-mêmes ?
  • autoriser l’expression des émotions des enfants (une fille a le droit de se mettre en colère, de la même manière qu’un garçon a le droit de pleurer). Pouvons-nous autoriser nos filles à être furieuses, bruyantes, désagréables, à se salir ?
  • incarner des alternatives en tant que parents, en tant que pères et mères. Les mères peuvent être des alliées en proposant une autre manière d’être, une autre façon de voir et de vivre dans la culture dominante. Les pères peuvent incarner une vision plus respectueuse des femmes, et faire sentir aux filles qu’ils les apprécient pour leurs qualités, leurs talents et non pour leur apparence.
  • aider les filles à identifier et nommer les attitudes ou comportements troublants à leur égard, définir les limites de leurs corps et de leur volonté, nommer les comportements inacceptables chez autrui. Il s’agit d’en prendre conscience en tant que parents et d’aider les filles à prendre conscience par elles-mêmes des messages ou gestes inappropriés et dégradants de la part de pairs et/ou de figures d’autorité (harcèlement inclus). Mais il s’agit aussi et surtout de leur apprendre à oser défendre leurs droits, à parler de manière assurée quand elles se sentent victimes d’injustice ou d’humiliation, à accepter la validité de leurs sentiments, à refuser de se laisser manipuler ou violenter.
  • élever des garçons conscients des stéréotypes de genre et respectueux des autres, encourager le garçon qui dit non à la violence.

 

Si difficile que cela soit, si impuissants ou même si embarassés que nous nous sentions parfois, nos filles ont besoin de notre soutien et de notre encouragement pour rester en contact avec ce qu’elles ont de plus fort et de plus vital, puisqu’entre 9 et 14 ans, la société les oblige souvent à renoncer à leur voix et à leur souveraineté. – Myla et Jon Kabat-Zinn

 

Quelques ressources et points d’appui

J’ai envie de partager avec vous quelques initiatives qui pourront nous servir de ressources à partager avec nos filles ou qui pourront nous servir de points d’appui dans nos discussions avec elles :

 

Dans l’univers du mannequinat

On voit de plus en plus de mannequins grande taille dans les magazines ou les défilés de mode (même si ces mannequins posent en sous vêtements et participent à la société de consommation, même si le terme “grande taille” reste une étiquette et marque une dichotomie entre les “bonnes tailles” et les “mauvaises tailles”, concentrons-nous sur l’avancée que représentent ces femmes… on avance par petits pas :-) ).

Les lignes bougent petit à petit dans l’industrie de la mode. On pourra montrer des photos de ces femmes à nos enfants pour montrer la diversité des beautés. Parmi elles, on peut citer Ashley Graham, Candice Huffine, Jennie Runk, Tara Lynn, Tess Holliday, Simone Charles…

mannequins grande taille éducation des filles

 

En ce mois de décembre 2015, la France a adopté une loi sur la maigreur excessive des mannequins. Dans le cadre du projet de loi santé, la pratique de l’activité de mannequinat est encadrée. Un certificat médical devra attester que « l’état de santé du mannequin, évalué notamment au regard de son indice de masse corporelle (IMC), est compatible avec l’exercice de son métier ».

En complément, une autre mesure phare a été adoptée par l’Assemblée Nationale. Les photographies de mannequins dont l’apparence corporelle a été modifiée « afin d’affiner ou d’épaissir la silhouette » devront désormais porter la mention « photographie retouchée ». Cela signifie que les photos retouchées par Photoshop devront le mentionner, contribuant à dévoiler l’envers du décor et la non conformité des images proposées dans les magazines ou les publicités avec la réalité.

 

Des célébrités qui s’engagent 

De plus en plus de célébrités s’indignent de leurs photos retouchées dans les médias. C’est notamment le cas de Kate Winslet qui a signé un contrat pour empêcher que ses photos publicitaires soient retouchées sur Photoshop.

“Je ne parle que pour moi et de choses qui me tiennent à cœur, en espérant que d’autres personnes me suivent, mais ce sujet me semble important parce que nous avons une responsabilité envers la jeune génération de femmes. Je pense qu’elles s’inspirent des magazines, qu’elles s’inspirent des femmes qui ont du succès dans leurs carrières respectives et elles veulent avoir des références, et je veux continuer à dire la vérité sur qui je suis à cette génération qui a besoin de modèles forts.” (source).

Kate Winslet a un discours très engagé en faveur de l’éducation des filles. Elle insiste sur l’importance des rapports que les femmes et les mères entretiennent avec leurs corps pour aider les jeunes filles à s’accepter telles qu’elles sont. Elle regrette d’avoir subi des discours négatifs et des moqueries sur son physique au cours de sa jeunesse. Elle met un point d’honneur à avoir un regard positif sur son propre corps devant sa fille et encourage toutes les femmes à faire de même.

En grandissant, je n’ai jamais entendu de message positif sur l’image du corps de la part des femmes dans ma vie. Je n’ai entendu que du négatif. C’est très dommageable car vous êtes en quelque sorte programmée, jeune femme, à vous scruter” explique-t-elle.

Jennifer Lawrence est une autre star qui veut faire entendre sa voix. Elle dénonce les écarts de salaire entre hommes et femmes. Elle a expliqué dans une lettre ouverte qu’elle avait peur de passer pour une enfant gâtée (croyance liée à l’éducation des filles) si elle osait réclamer le même salaire que ses collègues masculins.

J’ai tout fait pour ne pas passer pour la sale gosse alors que je n’obtenais pas ma juste part du gâteau.“(source).

Emma Watson, actrice de 24 ans, a prononcé un discours féministe à l’ONU en 2014. Voici des extraits de son discours (source) :

«Pour information, voici la définition du féminisme: “Croire qu’hommes et femmes devraient être égaux en droits et avoir les mêmes chances. C’est une théorie d’égalité des sexes sur les plans politique, économique et social.”»

«J’ai décidé que j’étais féministe. Cela ne me semblait pas compliqué. Mais mes récentes recherches m’ont montré que le mot féminisme était devenu impopulaire. Des femmes choisissent de ne pas dire qu’elles le sont. Apparemment, que les femmes s’expriment est vu comme trop fort, trop agressif, repoussant et comme une opposition aux hommes.» 

«Pourquoi ce terme est-il si mal vu aujourd’hui ? Je trouve qu’il est normal que je sois payée autant que les hommes. Je trouve qu’il est normal que je prenne les décisions qui concernent mon propre corps. Je trouve qu’il est normal que des femmes soient engagées en mon nom pour défendre des politiques et prendre des décisions qui affectent ma vie. Je trouve qu’il est normal que l’on me démontre socialement le même respect qu’aux hommes.»

«Et si vous détestez toujours ce mot, ce n’est pas le mot lui-même qui est important, c’est l’idée et l’ambition qu’il y a derrière. Toutes les femmes n’ont pas eu les droits que j’ai. D’après les chiffres, je peux même dire qu’elles sont peu nombreuses à les avoir. En 1997, Hillary Clinton a fait un discours à Pékin sur les droits des femmes. Malheureusement, la plupart des choses qu’elle voulait changer sont toujours d’actualité. Ce qui m’a marquée le plus, c’est que seulement 30% de ceux qui l’écoutaient ce jour-là étaient des hommes. Comment peut-on changer le monde si la moitié seulement est invitée à en discuter ?»

 

Malala, la plus jeune prix Nobel de la Paix, est également fortement engagée en faveur de l’éducation des filles et peut devenir une modèle pour nos jeunes. En 2012 à l’âge de 15 ans, Malala est victime d’un attentat : des talibans lui tirent dessus parce qu’elle défendait le droit pour les filles de son pays, le Pakistan, d’aller à l’école. Depuis, l’adolescente s’est remise de ses blessures et poursuit inlassablement son combat pour l’éducation et l’égalité (source).

 

 

Des vidéos publicitaires grand public et des images buzz contre les stéréotypes de genre

On pourra citer la dernière campagne pour des jouets unisexes (par les magasins U) :

Et si le plus beau cadeau à Noël, c’était d’offrir aux enfants un monde sans préjugés ?

 

 

La publicité Always “Like a girl” est aussi un bel exemple de lutte contre les stéréotypes de genre. On demande à des adolescents et des adultes ce que cela signifie de courir ou de se battre ou de lancer une balle comme une fille. Ils miment alors des gestes maladroits, des femmes qui remettent leurs cheveux en place quand elles courent. Puis on pose les mêmes questions à des enfants… “Courir comme une fille, c’est courir le plus vite possible !” nous dit tout simplement une jeune fille de 10 ans.

Quand est-ce que “faire comme une fille” est devenu sujet à moquerie ?  (vidéo en anglais, sous titrée)

 

Des images contre les stéréotypes de genre à l’occasion du choix des jouets pour enfants (source)

jouets pour filles et garçons

Des campagnes publiques pour la prévention des violences envers les femmes par l’éducation 

Une ONG norvégienne a créé une vidéo pour sensibiliser les pères sur leur rôle à jouer dans l’éducation des filles et des garçons pour promouvoir l’égalité des sexes et lutter contre les préjugés sexistes (en anglais sous titré).

“Je suis née fille, fais tout ce qui est en ton possible pour que cela ne reste pas le plus grand danger de toute ma vie”.

Des femmes qui montrent comment réagir sans violence et avec créativité quand leurs droits sont menacés

Klaire fait grr a réalisé une vidéo suite aux déclarations de Marion Maréchal Le Pen au sujet des subventions retirées au Planning familial si elle était élue à la présidence de la région.

Klaire a reçu de nombreux commentaires misogynes et violents suite à cette vidéo. Elle a décidé de réagir à cette haine déferlante par une campagne de crowd funding pour financer la publication d’un livret recueillant les commentaires les plus absurdes… et dont les bénéfices seront reversés au Planning Familial.

klaire fait grr

 

 

Je ne prétends pas à l’exhaustivité du sujet et je partage des réflexions personnelles inspirées par la lecture de Jon et Myla Kabat-Zinn. Je pense que c’est un sujet qui a toute sa place sur ce blog car l’éducation bienveillante et consciente consiste justement à prendre conscience des éléments limitatifs qui pèsent sur nos enfants et à lever les obstacles au plein épanouissement de leur potentiel. Or les préjugés et stéréotypes de genre influencent négativement l’image de soi, la confiance en soi, l’estime de soi de nos filles.

Pour preuve, quand j’ai acheté les cadeaux de Noël de ma fille la semaine dernière, j’ai choisi un kit d’exploration de la nature (avec couteau suisse, lampe torche, boussole et loupe) sans préciser que c’était pour une fille. J’y ai ajouté 2 sachets de Playmobil : l’un bleu et l’autre rose (bleu pour un pirate et rose pour une princesse évidemment :-) ). La vendeuse m’a alors dit spontanément : “Mais le rose, c’est pour les filles !”… Et moi : “TOUS ces cadeaux sont pour une fille !”. On a encore du chemin à faire !

 

Quand nous acceptons en silence le point de vue dominant, nous nous faisons les complices du dénigrement des femmes par notre société. – Myla et Jon Kabat-Zinn