Le sommeil des bébés : laisser l’enfant dormir autant qu’il en a besoin (il n’y a pas de mauvaise habitude)

sommeil bébé mauvaise habitude

Le sommeil des bébés de 0 à 3 ans

La question du sommeil des enfants est sujette à polémique : entre les injonctions à faire dormir les enfants dans leur lit à tout prix (surtout pas dans les bras ni dans le lit des parents par peur des mauvaises habitudes) et la fatigue immense des parents privés de sommeil, les réactions vives sont en lien avec de la souffrance. Une chose importante à garder en tête est qu’il n’y a pas d’enfant “pervers” qui “cherchent” leurs parents et les poussent à bout. Quand un nourrisson naît, il ne sait pas faire la différence entre le jour et la nuit. Cette différence s’acquiert au bout de 6 semaines de vie environ et le bébé va commencer à dormir plus la nuit que le jour. Un rythme ne s’installe pas avant 4 mois et même plus tard en général (7 mois et plus). Entre 0 et 3 mois, les besoins du bébé doivent en effet être satisfaits la nuit au même titre que la journée. Le sommeil des bébés de 0 à 3 mois de répartit en plusieurs moments tout au long de la journée (à la différence de l’adulte dont le sommeil est généralement monoséquentiel : la nuit).

Pour aller plus loin : Le sommeil du bébé entre 0 et 3 mois

Pour un sommeil des bébés serein, le plus dur est d’arriver à lâcher prise sur un éventuel rythme et à dépasser les croyances ou injonctions sociales du type “A 4 mois, un bébé devrait faire ses nuits”. Un enfant ne peut pas “faire ses nuits” à cet âge et on gagnerait à mieux définir ce que veut dire l’expression “faire ses nuits”.

Accepter les choses telles qu’elles sont (le fait qu’un enfant se réveille la nuit) est un premier pas vers la sérénité. Jusqu’à 6 ans, le sommeil n’est pas acquis. Certains bébés ne dorment pas bien parce qu’ils ont des problèmes de santé et un pédiatre pourra poser un diagnostic (de type reflux gastro-œsophagien, allergie, apnée de sommeil ou syndrome de Kiss). Il est donc important de vérifier auprès d’un professionnel de santé que l’enfant ne souffre pas de ce type de problème.

Un sommeil qui évolue en fonction de l’âge de l’enfant et de ses besoins

Sauf en cas de problèmes de santé, les réactions varient uniquement en fonction du degré de maturité de l’enfant.

Vers l’âge de 4 mois, le sommeil du bébé évolue vers le modèle du sommeil des adultes :

  • le bébé commence à dormir davantage la nuit que le jour,
  • il lui faut passer par une étape de sommeil non paradoxal lors de l’endormissement (avant 4 mois, un bébé ne se réveille pas au moindre bruit quand il vient de s’endormir car il est directement en sommeil paradoxal; après 4 mois, il est fréquent que le moindre changement autour de lui le réveille juste après qu’il se soit assoupi)
  • le bébé se réveille brièvement entre la phase de sommeil profonde calme et le nouveau cycle de sommeil (un cycle durant entre une heure et une heure et demie).

Entre 7 et 10 mois, toutes les phases du sommeil sont en place mais leur périodicité et leur durée diffèrent encore de celles des adultes.

C’est seulement vers l’âge de 5 ou 6 ans que les enfants accèdent à un sommeil proche de celui de l’adulte, à savoir une seule période, nocturne, sans sieste et d’une durée de huit à dix heures environ.

Favoriser le sommeil des bébés

Le cododo : bonne ou mauvaise habitude ?

On lit souvent que le cododo est une mauvaise habitude ou, au contraire, qu’il faut faire du cododo. Je suis pour ma part favorable au cododo et j’ai publié plusieurs articles à ce sujet non pas pour dire que c’est une solution miracle ou la seule solution pour permettre à tous les membres de la famille de dormir mais plutôt pour dépasser les croyances obstacles à cette pratique qui peut réellement soulager. Être bien informé permet de faire des choix éclairés, bons pour soi et sa famille. La notion d’habitude n’existe pas pendant le premier trimestre de vie du bébé et le besoin primordial est le contact physique.

Par ailleurs, une habitude est juste une habitude qui a été prise à un moment parce qu’elle convenait à toute la famille. Quand cette habitude commence à poser problème pour une raison ou une autre, alors il est toujours possible de changer progressivement d’habitude dans le respect des besoins de l’enfant (en prenant toujours en compte son âge).

4 principes pour favoriser le sommeil des bébés

Les besoins de proximité corporelle amènent à préciser des principes à observer pour favoriser le sommeil des bébés (et particulièrement lors des 6 premières semaines de vie) :

  1. ne jamais réveiller un enfant qui dort ou empêcher un enfant fatigué de dormir,
  2. ne pas laisser un bébé pleurer (et quand c’est difficile -> Répondre aux besoins du bébé, une priorité : et quand c’est difficile ?),
  3. laisser l’enfant dormir autant qu’il en a besoin quelle que soit la manière (y compris dans les bras),
  4. faire en sorte que le bébé se réveille à l’endroit où il s’est endormi (en particulier contre le corps d’un de ses parents).

Il peut paraître étonnant et surtout contraignant de s’attacher à faire en sorte qu’un bébé se réveille là où il s’est endormi. Les écharpes de portage ou porte-bébés physiologiques sont pratiques pour permettre de garder le bébé qui dort contre soi et de bouger, vaquer à nos propres occupations en même temps. Si un bébé s’endort dans les bras d’un de ses parents et se réveille dans son lit, il va être angoissé. Le lit risque d’être associé à cette angoisse. Certains enfants hurlent à la vue de leur lit parce qu’ils ont appris à en avoir peur à force de s’endormir quelque part et de se réveiller dans le lit sans savoir ce qui s’est passé entre l’endormissement et le réveil.

Si on force un bébé à dormir dans son lit et en journée pour une sieste, il y a peu de chances pour qu’il s’endorme sans pleurs. Qu’importe l’endroit et l’heure, laisser le bébé dormir est la meilleure option même si cela nous paraît contraignant ou que nous avons peur qu’il dorme moins la nuit. Le sommeil irrégulier d’un bébé ne doit pas être considéré comme un problème malgré les jugements et conseils pour “donner de bonnes habitudes”, les comparaisons avec d’autres enfants qui “font déjà leurs nuits” et les questions du type “est-ce qu’il fait ses nuits ?” ou “pourquoi il ne dort pas dans son propre lit ?”.

Remettre les questions du sommeil des bébés en perspective à la lumière de notre culture occidentale

Plus un parent appréhende les couchers de son enfant, plus l’enfant le ressent et se sent en insécurité. Le sommeil des petits humains n’est pas adapté à notre mode de vie (besoin de se lever tôt le matin pour aller au travail ou emmener les aînés à l’école, peu de soutien social ou de “coopérative de maternage”, culture qui se méfie de la proximité corporelle mère/ enfant, marketing du puériculture qui vend de la séparation…)  et c’est la raison pour laquelle le sommeil des bébés est tant débattue. Pourtant, Rosa Jové, pédopsychiatre spécialiste du sommeil, nous rappelle que le sommeil satisfait ou accompagne la plupart des besoins que nous éprouverons à chaque moment de notre vie humaine. Au fur et à mesure de l’évolution des besoins des humains, le sommeil évolue lui aussi.

Je sais combien il est fatigant pour les parents de s’occuper d’un jeune enfant pendant la nuit, mais s’ils comprennent combien ce type de sommeil est important pour lui, ils le feront d’autant plus volontiers.

Il y aura toujours des professionnels pour tenter (souvent en vain car notre bagage génétique est le plus fort) de faire dormir l’enfant plus longtemps, en lui offrant une alimentation plus riche, ou en fixant des horaires rigoureux à ses repas.Tout ce qu’ils risquent d’obtenir, en fin de compte, c’est la fin de la lactation et, dans certains cas, des troubles intestinaux, toutes choses peu souhaitables pour un nouveau-né. – Rosa Jové

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Source : Dormir sans larmes : les découvertes de la science du sommeil de 0 à 6 ans du Dr Rosa Jové (éditions Les Arènes). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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