Faire de l’enfant intérieur un allié pour dépasser les violences systémiques sur les enfants

Dans son livre Enfantisme : la nouvelle révolution, Claire Bourdille, militante enfantiste, écrit que l’adultisme est la seule oppression où l’on passe de l’état d’enfant à celui d’adulte, donc du dominé au dominant. 100 % des êtres humains ont donc été victimes ou sont actuellement victimes de la domination adulte. Or c’est précisément le déni de leur propre enfance qui empêchent une partie des Français et des Françaises de penser les droits des enfants comme un « sujet universel et urgent ». Claire Bourdille rappelle que, quand nous parlons de notre enfance, c’est notre enfant intérieur à chacun qui parle. Notre enfant intérieur fait partie de nous, de notre corps et de notre cerveau. L’enfant intérieur peut être un guide qui aide à comprendre des besoins insatisfaits, qui influencent parfois nos émotions et nos réactions d’adultes.

faire de enfant intérieur un allié pour adultisme

Quand nous dominons notre propre enfant intérieur : le déni justifie les violences sur les enfants.

Claire Bourdille regrette que beaucoup d’adultes ont oublié l’enfant qu’ils et elles ont été et les émotions de tristesse, d’impuissance, de honte, de colère ou encore de peur éprouvées dans l’enfance face à certains comportements d’adultes (menace, cris, punitions, humiliation etc). En ce sens, on peut dire que certains adultes dominent leur propre enfant intérieur.

Cela se traduit par des phrases clichés comme “J’en ai pris des fessées et j’en suis pas mort”, “heureusement que mes parents m’ont puni, sinon j’aurais mal tourné” ou encore “j’ai reçu des gifles et ça a fait de moi quelque de bien”. Ces clichés trahissent pourtant une contradiction :

  • leur enfant intérieur ressent cet acte comme une expérience négative comme les fessées et les gifles sont reconnues comme douloureuses et violentes,
  • leur soi adulte se place du côté de la domination en justifiant la violence : c’était pour le bien de l’enfant d’alors et l’adulte d’aujourd’hui éprouve de la gratitude envers les parents.

Ces adultes ont accepté la violence, l’ont banalisée et la rationalisent, ce qui neutralise le caractère violent de certains gestes éducatifs. Certains adultes, et en particulier les hommes, sont reconnaissants d’avoir été frappés car cela leur a permis de faire des études, de ne pas “mal tourner”. La violence subie dans l’enfance se retrouve rachetée par une réussite sociale (on retrouve le même mécanisme pervers dans l’expression “il faut souffrir pour être belle”). Mais est-ce être devenu quelqu’un de bien quand on est capable de défendre la violence envers les plus vulnérables ?

L’impossibilité même de se connecter aux émotions de son propre enfant intérieur ou de les entendre, de les croire, nous place dans un déni dangereux. C’est en effet l’une des causes de la maltraitance sur les enfants aujourd’hui et du déni qui les entoure. – Claire Bourdille

L’adultisme au service de l’ordre bourgeois capitaliste

L’adultisme peut devenir un outil redoutable car il permet de faire régner l’ordre bourgeois capitaliste en disciplinant les corps et les esprits. Les violences physiques, verbales, psychologiques sur les enfants répriment dès le plus jeune âge « les émotions, la spontanéité, la vulnérabilité, la créativité, tout ce qui fait de nous des êtres profondément humains ». Cette socialisation par la répression et le contrôle conditionnent les enfants à obéir à l’enseignant puis à l’employeur plus tard. La domination adulte sert la fabrique de « bons travailleurs », de « bonnes travailleuses » dociles et conformes.

Le problème que rencontrent les militants enfantistes est que les adultes conditionnés tiennent à l’ordre établi qui sert pourtant seulement la classe des bourgeois capitalistes. Parler d’enfantisme, c’est refuser de sauvegarder des relations où la souffrance des enfants peut être niée, minimisée, justifiée. Dès qu’on se reconnecte à la souffrance de l’enfant intérieur, c’est difficile de continuer sa vie comme si de rien n’était.

Nos enfants intérieur·es sont politiques et portent un espoir : celui d’une société plus juste, plus égalitaire, plus à l’écoute et plus respectueuse de la dignité des plus jeunes. – Claire Bourdille

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Source : Enfantisme : la nouvelle révolution de Claire Bourdille (éditions La Mer Salée) est disponible en médiathèque, en librairie ou sur les sites de ecommerce. 

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