[Parentalité bienveillante] Que faire de notre colère de parent ?

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Crédit illustration : freepik.com

 

La colère est une émotion saine

Quand avons-nous déjà dit que les parents doivent parler calmement lorsque ça bouillonne à l’intérieur ? – Haïm Ginott

Faber et Mazlish accordent beaucoup d’importance à l’idée de ne pas de retenir notre colère en tant que parents. Elles rappellent qu’essayer d’être patient quand on est fâché, c’est comme appuyer d’un pied sur le frein et de l’autre sur l’accélérateur. On ne traiterait pas sa voiture de cette façon. Nous pouvons donc essayer d’être au moins aussi bons pour nous-mêmes que nous le sommes pour une voiture.

Il est possible d’exprimer de la colère sans violence en se reliant aux valeurs fondatrices de la parentalité bienveillante et en restant en contact avec notre intention de mettre fin aux comportements inappropriés des enfants tout en préservant leur dignité et la nôtre en même temps.

Il s’agit de chercher des solutions pour que chacun dans la famille soit traité avec dignité, sérieux et respect. Les enfants autant que les parents ont le droit d’être pris au sérieux. Les enfants ne sont pas des puching balls destinés à recevoir des mots violents et des coups et les parents ne sont pas des paillassons destinés à se plier systématiquement en quatre pour satisfaire toutes les envies des enfants.

Exprimer la colère sans violence

Ce serait merveilleux si les parents pouvaient orienter l’énergie générée par leur colère en l’utilisant, non pas pour insulter leurs enfants, mais pour leur donner des renseignements et leur proposer des valeurs. – Faber et Mazlish

Le langage de la colère sans insulte ne vient pas facilement. C’est la raison pour laquelle plus on dispose de façons différentes d’exprimer la colère sans violence, plus on a de chances de réguler le niveau de violence dans les interactions parents/ enfants. C’est justement quand on essaie de refouler les sentiments de colère qu’on court le risque d’exploser et de basculer dans la violence éducative.

Faber et Mazlish proposent plusieurs pistes pour ne pas laisser la colère exploser en violence contre les enfants (physique et/ou émotionnelle) :

  • Passer par les gestes plutôt que les mots pour donner des consignes ou attirer l’attention sur quelque chose à faire (montrer l’horloge, tendre une éponge…)

 

  • Ecrire une note/ laisser un message sur un Post It

 

 

  • Décrire ce qu’on voit plutôt que donner des ordres (et répéter si besoin)

 

  • Inviter à chercher des solutions (faire participer les enfants au processus de recherche d’un plan avec des phrases du type : “Pourriez-vous vous entendre ?” , “Je vois deux enfants qui veulent le même jouet, comment allez-vous trouver une solution ?”)

 

  • Exprimer les sentiments de manière aussi énergique qu’ils sont ressentis à l’intérieur (avec des messages Je qui parlent de soi et qui n’accusent pas les enfants -> “je suis affligée, consternée, dégoûtée, mécontente, démoralisée, décontenancée, impuissante…”)

 

  • Rappeler les valeurs de la famille ou les règles

 

  • Formuler les attentes dans un langage positif (“dans cette famille, on s’attend à ce que…”, “j’ai confiance dans le fait que mes enfants… parce que c’est important pour moi”)

 

  • Se débarrasser de tous les discours imprécis et ramener le tout à du concret : ” Voici le règlement… ” / “Ici, la règle c’est…”

 

  • Remplacer un paragraphe par une phrase, une phrase par un mot (plus de concision pour plus d’efficacité avec moins de longues explications)

 

 

  • Utiliser “dès que” plutôt que “si vous… alors”

 

  • Alerter sur l’intensité croissante de la colère et les actes qui pourraient en découler (“Ma colère est grosse comme un petit pois et elle est en train de devenir aussi grosse qu’une tomate et pourrait bien atteindre la taille d’une pastèque, à moins que…”, “Quand je demande, à plusieurs reprises, que…, je sens monter la révolte en moi et j’ai envie de…!”)

 

Pour autant, ces pistes ne sont pas à copier-coller telles qu’elles mais à personnaliser, à s’approprier dans une partition propre et même à rejeter si on ne se sent pas à l’aise avec.

 

Nous avions d’abord cru qu’un bon père, qu’une bonne mère, c’est patient, calme, logique ; ça ne crie jamais. Désormais, nous ne sentions plus le besoin d’embouteiller notre colère. Nous l’exprimions totalement ; mais au lieu de lancer des insultes, nous exprimions aussi nos sentiments, nos valeurs, nos attentes. – Faber et Mazlish

Des limites ou nos limites ?

Pour ma part, je connais mes limites à ce qu’elles me disent dans le corps : quand ça se crispe, quand se contracte, quand je me sens partir dans la violence (souffler d’exaspération, perdre patience, envie de crier), je sais qu’une limite est touchée. Les limites sont éminemment personnelles et sont en lien avec la dignité : est-ce que ma dignité est bafouée dans la situation en question ? qu’en est-il de mon intégrité (autant physique que morale) ?

Quand on parle des limites, on touche forcément au respect : le respect que j’estime mériter et le respect que je dois à l’autre. Les limites doivent être empreintes d’équidignité dans le sens où il est facile de léser un des protagonistes (ce sont le plus souvent les enfants qui doivent simplement se taire et obéir mais il arrive aussi que certains parents abandonnent leur dignité en s’interdisant de dire des “non” francs). L’équidignité est un concept de Jesper Juul que j’aime beaucoup et dont j’ai parlé à plusieurs reprises sur le blog.

En tant que parents, nous avons le droit de tenir bon sur nos limites personnelles (ou bien de négocier si on s’en sent l’élan… quand on est suffisamment ancré sur des valeurs et conscient de limites personnelles, on “sent” quand c’est négociable ou non). C’est ce que Jesper Juul appelle “dire non en ayant la conscience tranquille”.

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Source : Parents épanouis, Enfants épanouis de Adele Faber et Helene Mazlish (éditions du Phare). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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