En lutte contre la militarisation de la jeunesse imposée par le gouvernement français

Le capitalisme porte la guerre en son sein et la bourgeoisie a besoin non seulement de main d’oeuvre, mais aussi de soldats prêts à se sacrifier pour la patrie (la notion de patrie servant à cacher les intérêts des capitalistes et à rendre le sacrifice des prolétaires héroïque). La militarisation de la jeunesse actuelle est une manifestation de la crise capitaliste qui s’accompagne d’un besoin de discipline répressive.

« On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels. » – Anatole France (prix Nobel de littérature en 1921)

militarisation jeunesse

Cause de la militarisation de la jeunesse : la crise du capitalisme

La guerre est une solution pour sécuriser les ressources (pétrole, gaz, terres rares, aimants), pour maintenir les bénéfices financiers et pour discipliner les masses. Pourquoi la crise du capitalisme néolibéral entraîne-t-elle une tentative de militarisation de la jeunesse de la part du gouvernement ?

  • Besoin de nouveaux débouchés, c’est-à-dire des marchés où écouler les marchandises, de la demande de produits et de services : besoin de mettre les pays du Sud (dont le développement est empêché) sous dépendance de l’Occident pour écouler les marchandises occidentales et éviter l’auto suffisance des pays précarisés (en Afrique, en Amérique latine, au Moyen-Orient et en Asie).
  • Besoin de réduire les coûts de production pour maintenir les profits (ce qui entraîne des politiques impérialistes de capture des ressources naturelles dans les pays du Sud Global, comme le pétrole au Vénézuela).
  • La guerre est en soi un marché qui rapporte de l’argent et les armes produites par le complexe militaro industriel ont besoin de trouver un débouché (vente d’armes, de matériel militaire et de formation). La France est le 2e exportateur d’armes au monde derrière les États-Unis d’Amérique. Les commandes et les livraisons à l’international ont progressé ces dernières années (21,2 milliards d’euros en 2025).

La France a dont intérêt à la guerre.

Formes de la militarisation : de manière générale et en particulier, envers la jeunesse

Dans la société

  • L’État investit massivement dans les armes et les outils de répression initialement conçus pour réprimer les résistances dans les colonies, et qui sont désormais utilisés pour écraser les résistances populaires dans les territoires ultra marins et dans l’Hexagone (descendants de l’immigration post coloniale, travailleurs, syndicats, jeunes…)
  • Le financement de l’armement est devenu une fin en soi : c’est non seulement un marché qui rapporte de l’argent à certaines entreprises, mais il sert aussi la guerre intérieure menée par l’État sur son sol contre son propre peuple.
  • L’État et le complexe militaro-industriel marchent main dans la main. Exemple avec la co-organisation des salons d’armement (Salon du Bourget, Eurosatory) qui servent à :
    • promouvoir les industries de l’armement et de la sécurité (il faut mettre en valeur les armes produites, démontrer leur efficacité et les faire essayer aux acheteurs);
    • maintenir la place de la France dans l’ordre international et conserver une influence politique et économique en tant que puissance moyenne;
    • générer des profits pour les exposants, qu’ils soient producteurs directs d’armement ou fournisseurs de technologies ou services (Safran, Dassault, MBDA, Airbus, Actemium, De Dietrich, DIXI Microtechniques, Prolutech, Thales…)

La militarisation de la jeunesse : normaliser la guerre via la propagande et l’attrait économique

L’objectif de la militarisation de la jeunesse est le recrutement et le contrôle social dès l’enfance à travers l’adhésion au discours autoritaire, nationaliste et guerrier.

  • Créer une image positive de l’armée
    • Exemples : prêt de matériel militaire pour certains films – mais refus pour les films qui ne vont pas dans le sens de la ligne politique favorable au pouvoir; mise en scène flatteuse de l’armée par des influenceurs, comme Tibo in Shape; sponsorisation ou organisation d’événements sportifs.
  • Habituer les jeunes à la présence de l’armée dans l’espace public et dans les établissements scolaires et présenter les carrières militaires comme des débouchés professionnels désirables (sans jamais mentionner les blessures physiques des militaires, comme celles des milliers de gueules cassées, et le stress post traumatique des soldats).
  • Diversifier les partenariats entre l’Éducation Nationale et l’armée
    • Classes de Défense et de Sécurité globales (1 200 classes en France, 32 000 élèves), objectif du gouvernement : x 3 d’ici 2030.
      • Dès le CM2, parcours paramilitaire via un partenariat avec une unité d’armée ou de gendarmerie
      • Intervention de l’armée directement en classe plusieurs fois par an via des cours et des cérémonies
      • Les parents n’ont pas la possibilité d’avoir accès au contenu proposé par les intervenants militaires.
    • Militarisation des sorties scolaires via le Trinôme académique (Education Nationale, Institut des hautes études de Défense nationale, Ministère des Armées).
      • Densification du calendrier mémoriel et de la célébration du souvenir des morts français et la victoire de la France, sans mentionner les déserteurs (leurs revendications et le sort qui leur a été réservé) ni adopter une logique internationaliste (anti État nation et anti impérialiste)
      • Rallyes citoyens :
        • promotion du devoir de mémoire, de l’esprit de défense et la citoyenneté auprès de représentants des forces armées, aux côtés des enseignants et d’associations (comme si leurs intérêts convergeaient et que les militaires participaient à l’instruction et l’émancipation au même titre que l’Éducation Nationale)
        • parmi les activités proposées : initiations aux premiers secours, fouille de cellule de prison, jeux de rôle pour s’entraîner à réprimer une manifestation hostile.
    • Commémoration obligatoire du 11 Novembre du CM1 à la Terminale
      • Cérémonie pour rendre hommage aux morts pour la France, souder l’unité derrière l’État et célébrer les valeurs de la République, en passant sous silence les situations dans lesquelles ces valeurs ont été bafouées depuis la Révolution Française :
        • répression violente des mouvements sociaux aux XIX°, XX° et XXI° siècles;
        • histoire coloniale et répression militaire des mouvements de libération causant la torture et la mort de milliers de personnes en Algérie, en Guadeloupe, à la Réunion, en Indochine, à Haïti, à Madagascar…;
        • internement de force de jeunes indigènes dans des pensionnats en Guyane;
        • collaboration du gouvernement de Pétain avec l’Allemagne nazie;
        • violences policières racistes et homophobes;
        • non prise en compte des plaintes portées par les femmes pour viol et par les enfants pour inceste et violence sexuelle (comme dans l’affaire Notre-Dame de Bétharram);
        • politique d’abandon social et de répression dans les territoires ultra marins (dont le blocage des réseaux sociaux en 2024 en Nouvelle Calédonie).
      • Distribution d’un livret “Ma première cérémonie militaire” financé entre autre par Stérin qui valorise la nation, la remise de décorations et la discipline répressive.
        anti militarisme

 

  • 2 dispositifs volontaires d’embrigadement par la formation militaire :
    • Nouveau Service National : expérience militaire et défense du pays (“l’honneur de servir”)
      • compatible avec Parcoursup (possibilité de suspendre les études pendant la durée du service en conservant la place dans l’établissement pour l’année universitaire suivante)
      • ouvert aux jeunes de 18 à 25 ans (avec ou sans diplôme), sélectionnés selon les besoins des armées
      • 10 mois, 800 euros mensuels, tous frais compris, avec pour objectif de :
        • compléter les effectifs militaires
        • protéger le territoire (participation à l’opération Sentinelle, maniement des armes)
        • renforcer les forces morales de la nation (valorisation de la discipline; enseignement de l’idée que les institutions servent un dessein légitime et que la nation vaut la peine d’être défendue, y compris au prix de la mort et sans contestation possible ni de la fin ni des moyens)
        • Basculement automatique dans la réserve opérationnelle
    • Service Militaire Volontaire : insertion professionnelle (“armé pour l’avenir”)
      • remplace le SNU (service national universel) pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes éloignés de l’emploi
      • ouvert aux Français de 18 à 25 ans pour une remise à niveau et une formation professionnelle (possibilité de passer le permis de conduire)
      • 8 à 12 mois, entre 300 et 700 euros mensuels

Conséquences de la militarisation en France

On organise le déficit de l’État. Les moyens alloués à l’armement et à la répression policière intérieure ne vont pas dans les services publics et les conquis sociaux.

Un dynamitage de nos conquis sociaux.

  • Baisse des moyens dans les services publics et dégradation de leur qualité (exemple : augmentation du taux de mortalité infantile)
    • L’achat d’un avion de chasse Rafale coûte 60 000 nuits en hôpital (85 millions €\1 400€).
    • L’achat d’un sous marin nucléaire (4 milliards €) vaut 20 hôpitaux de proximité (200 millions €).
    • Le budget annuel des munitions (4 milliards €) équivaut au coût annuel de 60 000 postes de professeurs en collège.
    • Une partie de la recherche publique est mise au service de la guerre (y compris la recherche en psychologie).
  • Dégradation des conditions de travail du personnel (augmentation du nombre de burn-out et de suicides parmi les agents publics, dont RATP, SNCF, Education Nationale, pompiers…)

L’Éducation Nationale est complice et victime.

  • Baisse des moyens de l’Éducation Nationale, de la maternelle à l’Université
    • 50 000 enfants en situation de handicap sont privés de l’accompagnement humain auquel ils ont le droit.
    • Manque de professeurs remplaçants (en Seine Saint Denis, un élève perd 1 an d’enseignement sur l’ensemble de sa scolarité à cause des absences non remplacées).
    • Les enseignants sortent de leur propre poche en moyenne 300 euros pour leur classe (92 % des professeurs de maternelle et d’élémentaire achètent du matériel avec leur argent personnel).
    • Bâti scolaire dégradé (chauffage en panne l’hiver, bouilloire thermique en été, plafond qui tombe dans les salles de classe, présence de nuisibles comme des rats et des cafards, toilettes sans porte, fuite d’eau, ascenseur en panne pour les professeurs et élèves à mobilité réduite…)
  • Les politiques militaristes ciblent les quartiers populaires (population paupérisée et descendants de l’immigration post coloniale) et les zones rurales avec un bassin d’emplois locaux peu attractif et des services publics laissés à l’abandon.
    • Il y a une politique volontaire de
      • réduction des opportunités d’études via Parcoursup, la baisse des aides sociales pour les étudiants et l’augmentation des frais des études supérieures.
      • professionnalisation précoce : visites d’usines et de commerces prises sur les heures de cours, stages obligatoires en 3e et en 2nde (entraînant plusieurs morts de stagiaires de moins de 18 ans au travail ces dernières années)
    • Dans ce contexte, l’armée est présentée comme une issue professionnelle enviable, surtout en cas de décrochage scolaire (stabilité financière, formation rémunérée, héroïsme au service du bien commun).
  • La coopération Armée/ Éducation Nationale est complétée par la coopération Armée/ France Travail.
    • 2026 : le ministère du travail annonce 15 000 plans de formation dans les métiers de l’industrie de la défense et de l’armement pour combler les tensions de recrutement du secteur.
    • Septembre 2026 : plan national pour l’emploi dans l’industrie de défense visant à accompagner 100 000 recrutements d’ici 2030.
  • Recherche de la soumission sociale :
    • Programmes de l’Éducation Nationale de plus en plus dirigistes (moins de liberté pédagogique)
    • Répression violente des manifestations lycéennes (revendications des jeunes moquées, couverture politico-médiatique mettant l’accent sur les violences envers le matériel, mineurs mutilés et emmenés en garde à vue, agressions sexuelles de jeunes par des policiers sous couvert de maintien de l’ordre, propos racistes envers les jeunes mobilisés d’ascendance africaine)
    • Loi Riposte (équivalant à un permis de tuer accordé à la police)
    • Suppression graduelle des endroits de liberté (dissolution d’associations de supporters de foot, arrestations des soutiens à la Palestine, répression des teufeurs en free party)

Pour une auto défense populaire contre l’État et sa guerre

Le financement de l’armement et de la recherche-développement militaire par l’État ne protège pas, mais pousse la logique de guerre car il faut bien utiliser le stock d’armes produites. La France ne fait pas que se défendre : elle crée la guerre.

Les dominants au pouvoir ont peur des masses de travailleurs et des jeunes. Cela entraîne à la fois une accélération de la militarisation de la jeunesse et de la répression des mouvements pacifistes. La seule guerre est la guerre des classes et les riches sont en train de la gagner à notre détriment et celui du vivant de manière générale. Il faut convertir les industries militaro-indutrielles en industries civiles et refondre, voire abolir, les cours d’Éducation Civique et Morale qui valorisent le patriotisme et l’obéissance au détriment de la contestation des injustices.

Nous, parents et enseignants, pouvons nous unir pour ne pas devenir les relais des intérêts capitalistes et de la propagande guerrière étatique. Nos intérêts sont inconciliables avec ceux de la bourgeoisie. Par ailleurs, la collaboration entre l’armée et l’Éducation Nationale est par essence contradictoire. L’Armée est surnommée “la Grande Muette”, alors que l’objectif des enseignant.e.s est précisément l’émancipation et l’accès de tous et toutes à la liberté d’expression. L’anti militarisme est une lutte enfantiste.

Nous avons besoin de donner d’autres perspectives que l’armée aux jeunes et de refuser collectivement la guerre entre les citoyens et entre les peuples. Nous ne marcherons pas au pas. Ne laissons pas les valeurs de courage et de solidarité aux forces guerrières, mais travaillons ensemble à la recherche de solutions diplomatiques, de désarmement, de droit international et de justice sociale. Soutien aux lycéennes et aux lycéens, solidarité avec les résistant.e.s.